LXX VII SÉANCE PUBLIQUE DU 24 MAI
Mais celle-c1 n'est-elle pas une illusion décevante et inutile, une auto-suggestion déposée en nous par les frayeurs ancestrales ou une éducation insuffisamment positiviste? Voilà la grande, l’essentielle question, vraiment la seule qui soit intéressante au monde. C’est un sujet immense, d’une importance inégalable, puisque suivant la réponse que nous accepterons notre conception de la Nature, nos idées sur notre propre destinée, toute notre vie spirituelle, seront profondément différentes. Encore une fois, la métaphysique est-elle une partie du réel, plus ou moins pénétrable par la raison, ou n'est-elle rien du tout? Ce n’est pas à l'Homme même que je demanderai une réponse, pour qu’on ne puisse pas invoquer des influences héréditaires ou éducatives; mais, en dehors de lui, je consulterai la Biologie, et je désire ne parler ici qu’en biologiste. J’examinerai successivement trois points.
Premier point. — La première difficulté qui apparait dans l'interprétation positiviste du Monde concerne la Vie elle-même; quand on analyse le fonctionnement d’un être vivant, on trouve assurément des déterminismes physico-chimiques sans nombre, mais l’ensemble de la Vie constitue un phénomène s1 particulier, avec sa tendance à capter toujours plus d’espace et de matière, avec son écoulement perpétuel et irréversible, qu’il n’est pas douteux que le vivant est séparé du non-vivant par un abîme infranchissable, non pas en ce qui concerne les matériaux, mais par la façon dont ils sont organisés et comme dirigés. En fait, on ne connait aucun intermédiaire entre l’un et ‘autre, et on ne conçoit pas qu’il puisse y en avoir; même à l’extrème limite, dans ce qu’on appelle les virus filtrants, êtres quasi liquides, les caractères de la Vie conquérante se retrouvent presque avec la mème facilité que dans une plante ou un animal supérieur. 11 est donc incroyable que le premier ètre vivant ait été le résultat d’une combinaison chimique fortuite, le fils des radiations ultra-violettes de courte longueur d’onde, comme dit J. Duclaux, combinaison qui ne se serait produite qu'une fois dans des circonstances rares qui jamais plus