L'INQUIÉTUDE MÉTAPHYSIQUE LXXIX
n'ont été éunies ; je tiens pour certain que si l’on réussissait à refaire un composé chimique analocue à celui constituant les êtres primordiaux, ce qui n’est peut-être pas impossible, i] serait inerte et non pas vivant: il lui manquerail cette étincelle que l’on appelle la Vie, qui se transmet seulement d’être vivant à être vivant, comme le traduit la belle image de Lucrèce (1) : .… Et quasi cursores clai lampada tradunt.
Ïl nous faut admettre que la Vie est transcendante à la matière inerte; si elle ne peut se manifester que sur un support matériel avec toutes ses propriétés physico-chimiques, elle est quelque chose de superposé à celles-ci, qu'elle coordonne et domine: en d’autres termes, elle est un principe différent de la matière. Donc, à moins d’être panspermiste, ce qui est une tentative désespérée pour reculer la difficulté, mais la reculer seulement, nous sommes contraints de reconnaître que la Vie sur la Terre a été un commencement absolu.
Le premier grumeau vivant, dans les conditions de l'Univers telles qu’elles sont données, renfermait forcément en puissance les innombrables Vies qui se sont succédé depuis son apparition, aussi bien les minuscules microbes que les géants des mers et des forêts, aussi bien les végétaux stupides que les êtres les plus intelligents: 1l les renfermait, puisqu'ils ont apparu. Préordination qui a un sens si l’on accepte une intervention métaphysique dans la création de la Vie, inconcevable dans toute autre hypothèse.
Deuxième point. — Le premier Homme qui a voulu casser des objets durs a dû se servir d’une pierre brute, tenue à pleine main; il n’est pas impossible qu’ensuite il ait emmanché une pierre perforée, comme on en ren- Contre quelquefois, avec un grossier bâton de taille convenable, ce faisant, il a fabriqué un outil, c’est-à-dire un assemblage de parties dont la réunion ne peut pas être l'effet d’une rencontre fortuite, mais est le résultat d’une intention visant à une fin utile. En d’autres termes, l’ou-
(A) De Natura Rerum, livr. II, vers. 79.
Sérix VI, L xxv, 1928. ”