‹ Mémoires de l’Académie de Stanislas (volume 4)Chapitre 74 sur 115 · L'INQUIÉTUDE MÉTAPHYSIQUE LXXXI · texte numérisé non relu

L'INQUIÉTUDE MÉTAPHYSIQUE LXXXI

DarWin a admis que l’outil animal s'est formé peu à

peu Par additions successives de variations fortuites, chaque addition réalisant un progrès sur l’état antérieur; le guidage est effectué par la mort impitoyable des individus les moins favorisés, qui succombent dans la lutte pour l'existence. On sait le succès extraordinaire qui accueillit cette ingénieuse théorie de la sélection des plus aptes; elle rendait compte, au moins en surface, des apparences de finalité intentionnelle, si troublantes pour le biologiste; mais elle n’est plus acceptée aujourd’hui, pour de multiples raisons. Dans le cas particulier de l’outil, il est nadmissible que des accidents, qui restent tels même lorsqu'ils sont guidés, puissent par leur superposition édifier un organe, qui n’a d'intérêt vital que lorsqu'il est parfaitement terminé; même si la sélection jouait un rôle, elle ne pourrait s’exercer sur les étapes antérieures à la fin, qui n’auraient aucune raison de préparer celle-ci. Darwin le sentait bien, lui qui disait que le problème de la genèse de l'œil lui donnait la fièvre.

Par exemple, on connaît un Poisson marin (1), vivant à de grandes profondeurs complètement obscures, qui porte sur la tête un véritable engin de pêche, composé d’une tige osseuse rigide, terminée par un filament raide muni vers son extrémité libre d’une petite boule lumineuse, puis de plusieurs hameçons; il est probable que de petits Poissons, attirés par la lumière, se prennent aux hamecçons et sont la proie du possesseur de l’engin. Imagine-t-on une série de variations de hasard qui se seraient ajoutées en bon ordre pour constituer un pareil organe? Ou bien celles requises pour édifier un œil d’Oiseau, cet admirable instrument d'optique? Ou bien encore l’étonnante pile électrique de la Torpille?

Pour rendre compte des intentions manifestes que l’on découvre à chaque instant dans les organismes, on est amené, invinciblement, à admettre qu'il y a dans la Nature, en plus des causes efficientes, objets de l’étude scien-

nee

(1) Poisson de l'ordre des Pédiculés : Lasiognathus saccostomus,

long de 7 cm 5, décrit par Tate Regan (Wature, London, 27 nov. 1926, p. 775).

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