‹ Mémoires de l’Académie de Stanislas (volume 4)Chapitre 89 sur 115 · CHAPITRE I LE PEUPILEMENT DE LA PLAINE · texte numérisé non relu

CHAPITRE I LE PEUPILEMENT DE LA PLAINE

Et d’abord la forêt a favorisé le peuplement de la plaine (2).

Son rôle, à vrai dire, a commencé dès l'établissement des tribus celtiques qui, aux abords de ses massifs et dans les replis des vallées, vivaient des ressources de leurs

(1) Voir Mémoires 1921-1925. L'agäculture en Lorraine au lendemain de la Révolution.

(2) Les pages qui suivent sont en substance tirées du savant ouvrage de M. Ch. Guyor sur Les jorfts lorraines jusqu’en 1759. Nous nt pouvions puiser à meilleure source.

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troupeaux, complétées par une culture rudimentaire. Sans nous attarder à ces temps lointains, plaçons-nous de suite au moment où, avec l'épanouissement du régime féodal, ce rôle se précisait en un ensemble d’usages et de coutumes qui devaient durer des siècles et dont aujourd'hui encore, en dépit d’une régression constante, on retrouve maintes survivances.

Les droits d'usage. — La forêt occupe une grande place dans la propriété féodale. Le domaine seigneurial absorbait la totalité de la terre sur laquelle il s’étendait, quelle que fût sa nature, terre arable, pacage, pré, vigne ou forêt : nul seigneur sans terre, nulle terre sans seigneur. Toutes les forêts à l’origine firent donc partie des domaines seigeuriaux ou du principal d’entre eux, le domaine ducal. Les forêts du clergé et celles des communautés ne furent constituées que par une série de concessions qui intervinrent par la suite. |

À l’origine, ce fut la passion de la chasse qui éveilla la sollicitude des seigneurs vis-à-vis de la forêt et les poussa à prévenir les dévastations et les destructions. Aux alentours de leurs résidences, ils se réservaient des parties de forêts sur lesquelles le déboisement et le défrichement étaient formellement interdits. Ces premières mesures de conservation apparaissent déjà dans la loi salique et se retrouvent dans les autres lois barbares. Une masse de forêt est au surplus un moyen de défense qu’il importait de conserver.

Puis les seigneurs, propriétaires fonciers, avaient intérêt à mettre en valeur leur domaine en y attirant et entretenant des habitants qui cultiveraient le mense seigneurial, en même temps que les terres qu’ils recevaient en tenure à des conditions diverses, et qui constituaient les menses serviles. À cet effet, ils leur assuraiïent, notamment dans leurs forêts, des droits d’usage d'autant plus larges qu'ils semblaient ne rien coûter en des temps où ces forêts

non encore exploitées, se présentaient avec des ressources qu'on pouvait croire inépuisables.

À vrai dire, ces droits d'usage n'étaient que la consération d'un état de choses qui remontait aux origines

mêmes du peuplement. Dans l'immense majorité des cas les chartes de franchise ne firent que consacrer des droits déjà préexistants, mais ne les créèrent pas. Leur but fut seulement de les décrire d’une façon plus certaine, et de désigner d’un nom nouveau les bénéficiaires, qui ne furent plus les tenanciers du mense pris individuellement, ut singuli, mais bien l’universalité formée par l’ensemble des tenanciers d’un même seigneur, exploitant un même ban, c’est-à-dire la communauté des habitants.

Quels étaient donc ces droits d'usage, qui pendant tout le cours du Moyen âge et même ensuite, exerçérent partout en Lorraine une influence si considérable sur le développement des populations, et sur leur reconstitution, après les calamités publiques qui tant de fois vinrent les décimer ?

Dès l’origine, les habitants demandèrent à la forêt la plupart des ressources nécessaires à leur existence, se contentant de les compléter par une culture hâtive et médiocre, qui devait s’étendre et s’améliorer par la suite.

Tout d’abord la forêt leur fournissait les bois qui alimentaient leur foyer: c’étaient les bois d’affouage. Cet usage se retrouve partout, plus ou moins étendu. Tantôt il se pratique par véritables coupes avec tous les bois de la forêt propres au chauffage : c’est l’affouage proprement dit ; tantôt l’usager ne peut toucher que le bois couché par terre, les chablis, le bois gisant, le bois mort. La nature pourvoit ainsi d'elle-même à un des premiers besoins de toute population sédentaire.

Quoi de plus naturel aussi pour les habitants que de demander à la forêt le bois nécessaire à la construction de leurs chariots, de leurs charrues, à la fabrication des divers instruments agricoles, à celle des échalas, des « paisseaux », pour leurs vignes, à l'établissement des barrières destinées à protéger les abords de leurs demeures ou les terres ensemencées ? Il fallait aussi du bois aux seuls métiers alors pratiqués, aux charrons, aux forgerons et maréchaux pour leur foyer, aux tanneurs pour leurs fosses qu’ils remplissaient de tan, c’est-à-dire d’écorce de chêne triturée. Autant de besoins, autant d’usages établis et plus tard reconnus ou concédés. Puis dès que les

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