SUR
Par M. le D' Ed. IMBEAUX
ANCIEN MEMBRE TITULAIRE
. Merveilleuse de saint François d’Assise ainspiré, on après, un grand poète, Dante Alighieri, et Rides Pentre, Giotto. Ce dernier s’est nettement laissé 1h are Dante au moins pour deux des fresques dont tite : le église inférieure et l'église supérieure d’As- Stigmates ariage de François avec la Pauvreté, et les
de * du Mariage mystique n’est pas précisément du siècle la trouvée dans un opuscule franciscain du cium begpi no en latin, et intitulé : Sacrum commerà dévelop bio cum domina Paupertate. Mais le Dante onne sd ne pensée en des vers immortels, dont je
«À Le 8 une pâle traduction 1 n'était pas &, qu’il faudrait appeler Orient, cet astre Menca €NCore très loin de son lever quand il comgrande ve … sentir à la terre quelques bienfaits de sa \, Comme Le est pour l’amour de cette femme — à il résista J Mort, nul n’ouvre la porte avec plaisir — Coram patr; il son père : devant sa cour spirituelle, et Vvement. | S unit à elle, et, de jouren jour, l’aima plus n premier ? VEUVE depuis onze cents ans et plus de Mari, délaissée, obscure et méprisée de tous,
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avait attendu cet homme : il ne lui avait servi de rien d’avoir été trouvée sans peur chez Amyclas par celui qui faisait trembler le monde au son de sa voix (1), ni d’avoir été assez fidèle et assez hardie pour monter avec le Christ sur sa croix, pendant que Marie restait au pied.
«a Mais pour ne pas continuer trop longtemps dans le mystère, c’est François et la Pauvreté qui sont les deux amants que signalent mes paroles diffuses. Leur concorde, la joie de leurs visages, leur amour, leur admiration et leurs doux regards engendrent de saintes pensées. Aussi. le vénérable Bernard (2) se déchaussa le premier pour courir après tant de paix, et même il trouva qu’en courant il n’allait pas assez vite. O richesse ignorée ! O bien véritable ! Egidius et Sylvestre se déchaussent aussi pour suivre l'époux, tant l’épouse leur agrée. Puis ce père et ee maitre s’en va avec Elle, et avec cette famille qui ceignait déjà l'humble cordon... »
Et, plus loin, voici encore les sujets de deux autres fresques, l’entrevue avec le Soudan et les stigmates; puis, le Dante revient de nouveau à la Pauvreté à la mort du saint :
« Après que par soif du martyre il eut annoncé le Christ et les apôtres devant l’orgueilleux Soudan, voyant les peuples encore trop rebelles à la conversion et ne voulant pas rester oisif, il revint en Italie pour y moissonner ce qu'il avait semé. Dans un àpre rocher, entre le Tibre et l’'Arno, 1l reçut du Christ les derniers stigmates, et ses membresles portèrent durant deux années. Quand il plut à Celui qui l'avait choisi pour un si grand bien de l’appeler à la récompense de son humilité, il recommanda à ses frères, comme à ses héritiers légitimes, l'épouse qu'il avait tant aimée et leur ordonna de l'aimer aussi fidèlement. Et son âme sainte, pour retourner dans son royaume.
(1) Jules César, qui arrivant en Égypte vint frapper de nuit à la cabane du pauvre pêcheur Amyclas (épisode de la Pharsale, de Lv- CAIN). |
(2) Bernard de Quintavalle, premier disciple de saint François. Gilles ou Egidius et Sylvestre, déjà prêtre, furent le second et le troisième.
voulut se détacher du sein même de la Pauvreté, et ne voulut que la plus pauvre bière pour son corps. »
Or Dante Alighieri était ami d’Angioletto Bondone, dit Giotto, l'élève de Cimabué (1), qui fut à la fois peintre, sculpteur, mosaïste et architecte, et qui eut aussi la gloire d'être loué à la fois par le Dante, par Pétrarque et pir Boccace : il n’est donc pas étonnant que le peintre se soit inspiré des vers du poète.
À Assise, il y a des fresques de Giotto dans l’église inféneure (édifice commencé en 1228), notamment les quatre grandes fresques (2) aux quatre pendentifs de la voûte au-dessus du maïître-autel (érigé à l'endroit où était inhumé saint François); il y en a aussi dans la grande nef de l’église supérieure, au nombre de vingt-huit, toutes relatives à la vie de saint François et à ses miracles,mais on pense que Giotto fut aidé pour celles-ci par ses élèves.
Parmi ces fresques, mon attention s’est portée sur les deux qui, ai-je dit plus haut, s’inspirent plus spécialement des vers du Dante, et (anch’ io son’ pittor) j'ai voulu à men tour les reproduire, non en peinture, mais avec des mots, — ces mots de la langue française que le poète trouve parfois si pauvres et parfuis si merveilleusement beaux. Ai-je réussi et dans quelle mesure? J’en laisse juge le lecteur. Toutefois, je l’avertis que je n’ai pas cru devoir copier servilement les deux fresques de Giotto : il y a dans les œuvres de l'artiste certaines naïvetés — qu'on ne trouve pas d’ailleurs dans la Divine Comédie — qui détonnent avec notre mentalité actuelle.
Ainsi, dans le mariage mystique de François et de la Pauvreté, l'Espérance, qui remet l'anneau à la fiancée, est accompagnée de l'Amour : c’est là une réminiscence du paganisre vraiment bizarre, et nous ne concevons plus ce que l'Eros des Grecs ou le Cupidon des Latins
(1) On j1es que Cinabué découvrit la vocation du jeune Giotto en le voyant dessiner une brebis sur une pierre à l’aide d’un caillou pointu, alors qu’il gardait le troupeau de son père aux environs de Vespignano : Cimabué emmena à Florence le jeune pâtre, qui ne tarda pas à dépasser son maître.
(2) Ces fresques sont malheureusement très mal éclairées.
EN
vient faire dans une scène si exclusivement chrétienne. J'ai donc supprimé l'Amour, et ai fait simplement tendre par la Vertu d’Espérance l'anneau nuptial à Jésus, quile met au doigt de la fiancée.
Dans la seconde fresque, l'imposition des stigmates, Giotto suppose, suivant sans doute une tradition orak, que le Christ pour donner au saint ce baïser divin qui lui laissera les empreintes de la Passion prend la pas d’un séraphin aux six ailes de lumière, aïles qui ne l'em pêchent pas d’avoir les pieds et les mains attachés à une croix. Je ne vois pas qu’il soit besoin au Dieu crucifié de passer par la forme d’un séraphin; la Croix toute seule est plus grandiose que les aïles, fussent-elles de lumière ou d’or, de même qu’en cette scène le silence me parait plus éloquent qu’une musique, fût-elle céleste, ou que toute parole. d’ailleurs introuvable pour la traduire...