LE MARIAGE DE SAINT FRANÇOIS ET DE LA PAUVRETÉ
D'après la fresque de Giotto, à l’église inférieure d'Assise, fresque inspirée elle-même par le Dante : Le Paradis, chant XI.
Questa privata del primo marito, Mille e cent anni, e piu di dispetta e scura, Fino a costui si stette senza invito…
Prendi oramai nel mio parlar diffuso.
Cette nuit-là, Jésus apparut à François.
Et François aussitôt : « Maître, afin que je sois Aussi semblable à Vous qu’un homme peut prétendre, Donnez-moi la Vertu, — qu’Elle soit rude ou tendre, Qu'Elle charme mon cœur ou torture ma chair, Qu’Elle me soit facile ou me coûte très cher, Donnez-moi la Vertu, qui me fera mieux Vôtrel » — « Voici la Pauvreté, dont tu seras l’apôtre »,
Dit Jésus. Et voilà qu’auprès de notre Saint, Personnifiant son séraphique dessein, - Paraît agenouillée une forme adorable,
Une femme, n’ayant qu’un haillon misérable Autour du corps, le front d’épines couronné, Sanglant, mais vers le ciel incessamment tourné,
Les yeux étincelants d’une divine flamme...
Et Jésus, ayant pris la main de cette femme,
La posa doucement dans celle de François :
« Sois unie à cet homme, à Vierge, et le reçois Comme tu m’as reçu moi-même! » Et l’Espérance, Autre Vertu céleste et sœur de la Souffrance,
Lui tendit l’anneau d’or, qu’Il mit au doigt voulu. Et l’Épouse mystique enfin dit à l’Élu :
« Sois béni, toi qui viens terminer mon épreuve : Depuis la mort du Juste, hélas, je restais veuve. »
Puis, l’apparition entière s’effaça.
Mais au cerveau du Saint elle se retraça
Chaque nuit, et dès lors, il vécut sur la terre,
Soit au couvent, soit à la Verna (1) solitaire,
Sans posséder plus rien, rien que le pain et l’eau... Et l’on ne l’appela plus qu’Zl poverello…