LES STIGMATES DE SAINT FRANÇOIS
D’après la fresque de Gtotto à l'église supérieure d’ Assise, inspirée elle-méme par le Dante : Le Paradis, chant XI.
Nel crudo sasso, intra Tevere ed Arno, Da Cristo prese l’ultimo sigillo, Che le sue membra due anni portarno.
Le Christ une autre nuit, une heure avant l'aurore, À François endormi réapparut encore.
C'était à la Verna, sous un âpre rocher (2)
Dont naguère les loups osaient seuls approcher, Et qui trembla, dit-on, à cette heure sévère
Où Jésus expira pour nous sur le Calvaire.
Or le Saint sommeillait sur la pierre étendu, Lorsque Notre Sauveur, à son gibet pendu,
Tout sanglant, se montra : « Je voudrais davantage Vous ressembler, Seigneur! Vos douleurs, en partage, Faites-les moi sentir, que je meure avec Vous! » Ainsi parla François. — Et le Sauveur très doux, Soudain se détachant de la haute potence,
Vint sur l’homme allongé s'imposer en silence,
(1) La Verna, forêt sauvage où saint François se retirait pour prier et méditer.
(2) Le Sasso spico qu'on montre encore : une vision aurait appris à saint François que les rochers de la montagne s'étaient disjoints à la mort de N.-$S., et ainsi se serait formée une grotte.
Corps contre corps, pieds contre pieds, mains dans les [mains,
Les clous sacrés trouant quatre membres humains,
Et la lance au côté perforant la poitrine
D'où coule abondamment la liqueur purpurine
Qui rajeunit le monde. — Et quand le sang jaillit,
Sous l’atroce douleur Saint François défaillit…
Puis, du baiser d’un Dieu conservant les stigmates,
Sa chair fut sigillée à cinq trous écarlates,
Et, sainte associée au supplice divin,
Ne cessa d’en souffrir que quand la Mort survint.…
Mais durant ces deux ans de passion visible,
François eut le cœur plein d’un bonheur indicible,
Car il voyait déjà de ses yeux éblouis
Le trône qu’il allait rejoindre au Paradis (1)...
(1) Une autre fresque de Giotto montre le Saint ayant cette vision de son trône futur.
SERLE VI, t. xxt, 1928 4