RAPPORT SUR LES PRIX LITTÉRAIRES ET SCIENTIFIQUES XXI
du peuple belge. Elle contribua, plus encore que ne avaient fait les massacres du début, à exciter dans a population la colère et la haine contre l’Allemagne. On craignait que ces pages officielles ne fussent le dernier mot de l’histoire sur le drame sanglant de linvasion. Les Belges opprimés étaient incapables de relever cet audacieux défi à la vérité. Il semblait impossible de neutraliser l’efflet que cette infâme manœuvre devait produire à l’étranger… Pour obtenir un récit conforme à toutes les exigences de la critique historique et pour établir les faits de façon imcontestée, il eùt fallu une enquête bilatérale. Cette enquête, les évêques (de Belgique) la réclamèrent à maintes reprises de l’autorité allemande, mais ils se heurtèrent chaque fois à une opposition iréductible.
« Il importait cependant d’aviser aux moyens de publier, aussitôt que les circonstances le permettraient, une histoire exacte et vraie de tout ce que le pays avait souffert et de l’opposer au monument d’hypocrisie et de mensonge que les Allemands avaient construit. »
C'est cette tâche que dès les premiers temps de loccupation entreprirent Dom Nieuwland et M. le chanome Jean Schmitz, respectivement désignés par le cardinal Mercier et par l’évêque de Namur. Tâche laborieuse et délicate entre toutes : les communications étaient alors bien difficiles, les témoins dispersés. Bien des crimes avaient été accomplis dans l’ombre, dans le secret de la solitude : seuls pouvaient en témoigner quelque spectateur fortuit, quelque vieillard, quelque infirme, qui, insouciants de la mort presque certaine, étaient restés dans les villages abandonnés, ou bien quelque victime miraculeusement échappée à la barbarie allemande. I] fallait au surplus se soustraire à l’attention et aux suspicions d’une police secrète toujours en éveil, et au péril qu’entrainait la conservation d’écrits et de dossiers dont le seul objet eût constitué un crime aux yeux de l’envahisseur.
Quelle patience aussi n’a-t-il pas fallu, dans la plupart des cas, pour interroger les survivants, pour préciser leurs souvenirs, pour raffermir leur mémoire, toujours