‹ Mémoires de l’Académie de Stanislas (volume 5)Chapitre 20 sur 116 · XXVI SÉANCE PUBLIQUE DU 20 DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

XXVI SÉANCE PUBLIQUE DU 20 DÉCEMBRE

… Hubert Kinique vit aussi passer sous ses yeux les cadavres de son père, de sa mère, de sa sœur, de ses deux frères...

Vers 21 heures, raconte de son côté Camille Fivet, également âgé de quinze ans, je pus me relever et me rendre compte de ce quise passait autour de moi. J’ai entendu un bébé qui pleurait et demandait à boire. C’était la petite Gilberte Marchot, âgée de deux ans. Un Allemand s'approcha aussitôt, mit le canon de son fusil dans la bouche de l’enfant et tira ! Écœuré, je me retournai de l’autre côté et je vis un soldat qui portait quelque chose au bout de sa baïonnette : j’ai reconnu le corps de Mariette Fivet, ma petite nièce, qui avait trois semaines. Après avoir joué avec ce cadavre d’enfant, le soldat la déposa à terre et lui mit le pied sur l’estomac pour retirer sa baïonnette. Le lendemain j’ai enterré le corps de mon frère, de ma belle-sœur et de la petite Mariette.

En lisant ces pages et cent autres semblables, la rage monte au cœur quand on pense qu'aucun des misérables qui ont ordonné de tels forfaits ou qui les ont accomplis n’a reçu son châtiment. De paisibles habitants, des vieillards, des enfants au berceau ont été massacrés, martvrisés et aucune sanction n’a été exercée : une force mystérieuse s’y est opposée, la même qui tend systématiquement à réduire à néant notre droit aux réparations et les mesures nécessaires à notre sécurité.

Ce qui rend ces crimes plus odieux encore, c’est qu’ils ont été prémédités, c’est qu’ils répondaient à une conception de l’état-major allemand. Le pays qu’il fallait traverser était difficile, accidenté, couvert de nombreux bois; 1l pouvait se prêter à une guerre de partisans qui eût inquiété, sinon mis en danger, l’armée allemande. Mieux valait prévenir ce danger que de le combattre. Peu importaient les moyens, pourvu qu’ils fussent décisif8l Des menaces, des détentions d’otages, ce n’était pas assez : 1l fallait le pillage, l'incendie, le meurtre, pour frapper de terreur les populations, et dès le premier jour anéantir toute velléité de résistance.

L’innocent paiera pour le coupable, et s’il n’y a pas de coupables, tant pis! L’innocent paiera pour prévenir toute possibilité d'agression ou de défense, même de la part des troupes adverses. Voici en effet une constatation

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