‹ Mémoires de l’Académie de Stanislas (volume 5)Chapitre 23 sur 116 · RAPPORT SUR LES PRIX LITTÉRAIRES ET SCIENTIFIQUES XXIX · texte numérisé non relu

RAPPORT SUR LES PRIX LITTÉRAIRES ET SCIENTIFIQUES XXIX

pagnie avait-elle défilé, qu’une autre survint, et j’entendis l'officier de cette nouvelle compagnie s’adresser à ses hommes dans les mêmes termes. Voilà, ajoute le curé, comment s’infiltrait dans la tête de chaque soldat allemand la légende des francs-tireurs belges.

Voilà, ajouterons-nous, comment ont été dès le premier jour prémédités les crimes qui ont ensanglanté la Belgique, et en maints endroits aussi, nos départements envahis.

On le voit, ce ne sont pas seulement des faits criminels isolés que relate cette publication, c’est une méthode qu’elle fait ressortir, méthode où la violence, la cruauté, le mensonge sous toutes ses formes, furent mis froidement au service de la soif de vaincre des Allemands. Un peut dire que l’impunité qui leur a été assurée est un autre crime ajouté à tous les autres, un crime qui a consacré l’anéantissement de l’œuvre morale de quinze siècles de civilisation, avec tous les efforts qui avaient réussi, pensait-on, à discipliner la guerre et à l’humaniser.

Si la justice humaine a failli, si les coupables lui ont échappé, il importait d’autant plus de conserver et fixer à jamais le souvenir de tels forfaits. Grâce à leur courageuse initiative, et à leur infatigable labeur, les auteurs ont préparé d’une manière irréfutable, et sous une forme qui est un modèle du genre, le jugement de l’histoire ; sans parti pris et sans passion, par la seule force de la vérité, ils ont dressé l’acte d’accusation le plus implacable contre l'Allemagne souillée de crimes dont elle n’a ni conscience, ni repéntir, et qu’elle est prête à recommencer.

À quel point leur but a été atteint : un seul fait suffira à le prouver. Alors qu’il s'agissait de créer la légende et de la propager, les publications allemandes s’occupaient des moindres incidents survenus dans ces provinces de Namur et de Luxembourg. Depuis lors elles semblent se désintéresser de la question. Et pourtant de nombreux exemplaires de cet ouvrage ont pénétré dans le Reich; mais non seulement nul n’a entrepris d’en contredire l’exposé, de contester les faits relatés, mais nulle part il n’a été fait mention de l'ouvrage. Un tel silence est un aveu.

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