XXX SÉANCE PUBLIQUE DU 20 DÉCEMBRE
Je m’arrête, bien que j'aie conscience de n’avoir donné qu’une bien faible idée des mérites de cette publcation. Du moins en ai-je dit assez pour établir que si à première vue il s’agit d’une œuvre d’intérêt local ou * régional, il suffit d’y jeter les yeux pour en découvrir la grande valeur historique et la portée. générale. Elle répond de la façon la plus complète et la plus éclatante au but poursuivi par la fondation du Souvenir, et c’est en toute justice que le prix lui est attribué.
Messieurs, sans méconnaître le mérite des travaux que vous venez de récompenser, ne convient-il pas en terminant d’exprimer le désir que les œuvres présentées à vos suffrages soient plus nombreuses à l’avenir et que la variété de leurs mérites rende votre choix plus laborieux? À quoi attribuer cette insuffisance ? Sans doute à mesure que baisse la valeur de l’argent, l’importance des prix diminue, et volontiers nous appellerions quelque Mécène dont les libéralités viendraient augmenter et renforcer nos fondations scientifiques et littéraires, à la vérité fort modestes. Mais est-ce bien le chiffre des sommes allouées qui suscite les initiatives, inspire les œuvres et attire les candidats? Dans les essais de ce genre, le désintéressement a toujours la plus grande part. À mon avis, c’est bien plutôt à la difficulté des temps qu’il faut attribuer la rareté relative des œuvres présentées.
Il faut vivre avant de philosopher ou de versifier, semble se dire la génération nouvelle: il faut s’initier aux travaux lucratifs avant de penser aux loisirs intellectuels et aux tentatives désintéressées. Qui oserait lui en faire grief? Au surplus, la formation que reçoit notre jeunesse, sous le coup de nécessités nouvelles, Poriente de moins en moins vers le culte des choses de l'esprit. Une réaction, a vrai dire, semble se dessiner, qui rendrait à la culture classique la place qui lui revient. Si combattue qu’elle soit d’autre part, nous souhaitons qu’elle réussisse, car nous ne pouvons oublier que c’est avant tout le rayonnement de l’esprit et de la pensée française qui a fait aux yeux du monde la grandeur de notre pays.