ERREURS JUDICIAIRES ET MÉDECINS EXPERTS LXVII
tations de l’empoisonnement de la cellule nerveuse par l’oxyde de carbone : j'ai devant moi non pas un alcoolique assassin mais un malheureux père qui a subi avec sa famille, pendant son sommeil, les effets d’une intoxication oxycarbonée à la suite de la fermeture accidentelle d’une clef de fourneau; gravement atteint, il a commis la fauté d’avoir survécu et, pour un peu, il l’aurait cruellement expiée. De sa prison, il est transféré à l’hospice, au grand désappointement d’une foule aux réactions irraisonnées et parfois cruelles. Quand, six semaines après, il est sorti de l’hôpital, n’a-t-il jamais, en souvenir de sa courte détention, rencontré des visages méfiants? Je n’oserais l'affirmer.
Envisagées à un point de vue purement scientifique, des intoxications attribuées à l’arsenic, au cuivre, à la strychnine, à la digitaline, et j’en passe, ont donné lieu à des condamnations imméritées. La revision s’est imposée, les données scientifiques nouvelles ont constitué le fait nouveau et la Cour suprême a rendu son arrêt.
« Ce n’est pas la jurisprudence qui s’est assouplie, comme l'écrit justement le professeur Hugueney, de la Faculté de Paris, mais la science qui s’est affirmée. »
Une toxicologie rajeunie est venue s'inscrire en faux contre des conclusions vieillies. L’arsenic, pour ne citer qu’un exemple frappant, grâce à des travaux récents a été trouvé dans l'organisme humain normal à des doses qui autrefois avaient suffi à établir la preuve de l’empoisonnement et l'envoi du pseudo-coupable aux travaux forcés à perpétuité!
Les ptomaïnes, dirai-je encore, nées de la décomposition cadavérique, découvertes et étudiées par Selmi en 1870 et Armand Gautier en 1872, fournissent à l’analyse chimique des réactions analogues à celles de certains poisons végétaux; avant leur connaissance, bien des erreurs ont pu être commises.
La preuve médico-légale devient aujourd’hui plus ardue; la ptomaïne se différencie du poison criminel, mais le doute scientifique reste encore de mise. « Un doute éclairé peut quelquefois, suivant d’Olivet, servir de flambeau. »