‹ Mémoires de l’Académie de Stanislas (volume 5)Chapitre 55 sur 116 · LXVIII SÉANCE PUBLIQUE DU 20 MAI · texte numérisé non relu

LXVIII SÉANCE PUBLIQUE DU 20 MAI

Ce n’est pas sans une mélancolie angoissée qu’on songe aux erreurs nées d’une science en évolution dont on a trop facilement accepté les solutions comme définitives.

La responsabilité de l’expert, à vrai dire, n’est pas en jeu, il subit les ignorances de la science, « si savant soit-il, un savant ne peut savoir que tout ce qui se fait à son époque », ajouterai-Je avec Lailler et Vonoven.

La possibilité de revision devrait, à mes yeux, étre plus souvent envisagée pour dépister les erreurs dues à une science devenue caduque au nom d’une science en progrès. |

Laissons de côté, si vous le voulez bien, Messieurs, la toxicologie aux données aussi précises que changeantes avec les années et jetons un coup d’œil sur une affaire judiciaire qui à passionné, il y a vingt ans, la grande presse, l’opinion publique et peut-être bien les experts eux-mêmes : l’affaire Jeanne Véber.

Ce n’est pas sans émotion qu’on relit aujourd’hui l’histoire de Jeanne Véber, cette Bretonne au visage énigmatique, cette mère de famille accusée d’avoir tué. de mars à avril 1905, trois nièces en bas âge et tenté d’étrangler un neveu âgé de dix mois. Elle est acquittée aux Assises de la Seine en 1906 à la suite des rapports officiels de médecins-experts éminents, malgré les témoignages accablants de parents et même de médecins appelés à la première heure auprès des petites victimes. Bientôt après nous retrouvons l’ogresse à Villedieu, près de Châteauroux, donnant des soins à un enfant de neuf ans qui meurt d’une manière tragique avec un sillon suspect au cou.

Les experts de Châteauroux concluent à une mort par strangulation, c’est également l'opinion du juge d’instruction, mais des médecins légistes, commis dans le procès antérieur, sont consultés de nouveau et, persistant en leur idée première, trouvent dans l’interprétation des lésions cadavériques la preuve d’une mort naturelle.

A la suite de ce rapport, la Chambre des mises en accusation de Bourges rend le 6 janvier 1908 un arrêt concluant à un non-lieu.

Mise pour la seconde fois en liberté, Jeanne Véber

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