RÉPONSE DU PRÉSIDENT AUX RÉCIPIENDAIRES XCI
faites connaitre votre sentiment sur la responsabilité humaine. Ainsi que vous-même, il aimait les arts et les lettres. Il insista surtout auprès du Conseil municipal, dont il était un des membres les plus écoutés, pour que fût créé le Conservatoire de musique. Vous m'avez dit vous-même, Monsieur, qu'il aimait à jouer de la flûte et qu'il exécutait volontiers des pièces de Haydn, de Mozart et de Beethoven...
Mais l’harmonie qui vous entoure est, avant tout, scientifique et médicale. Un de vos ancêtres ne fut-il pas professeur à l’antique Université de Pont-à-Mousson? N'êtes-vous pas, vous-même, fils, neveu, frère, par deux fois beau-frère et père de médecins, un père — nous nous plaisons à le reconnaître — très brillamment continué? Vous avez bien voulu rappeler que le Dr Léon Parisot, votre oncle, avait laissé dans notre Compagnieles meilleurs et les plus attachants souvenirs. La tradition — les Académies y sont toujours sensibles — vous a peut-être dirigé vers nous; Mails s0yez persuadé que la reconnaissance de votre valeur propre l’emporta beaucoup plus encore dans l’expression des suffrages qui vous ont admis parmi les trente-six.
Entouré de praticiens dès votre enfance, comment n'auriez-vous pas aussitôt dirigé vos efforts vers la médecine générale? Mais comment aussi, marchant dans la trace paternelle, n’auriez-vous pas ambitionné le professorat? Vous satisfaisiez bientôt aux difficiles épreuves de l'agrégation et vous entriez, en 1886, à la Faculté de médecine de Nancy, en qualité d’agrégé (section de médecine et de médecine légale). La Faculté vous chargeait, le 15 mars 1895, de l’enseignement des maladies mentales. Vous continuiez, en même temps, à diriger la clinique des maladies des vieillards à l’hospice Saint-Julien, fonction qui vous avait été attribuée en 1883. |
Vous ne tardiez pas à obtenir de flatteuses distinctions. En 1898, notamment, vous étiez élu vice-président du Congrès des médecins aliénistes et neurologistes de France (session d'Angers). C’est, en effet, l'étude des maladies mentales qui semble vous avoir particulièrement absorbé, après que la médecine générale vous eut conduit
XCII SÉANCE PUBLIQUE DU 20 Mai 1926
à des observations fort curieuses sur certains cas d'’épidémie.
Ce que je retiens des différentes observations de cette époqué, c’est qu'elles ont un caractère bien régional. C’est là un des titres que nous pouvons le plus commodément apprécier. Si le professeur Victor Parisot, en effet, n'a jamais quitté son cher Nancy, le professeur Pierre Parisot, lui, a trouvé amplement matière à ses travaux dans notre Lorraine. C’est dire assez, puisque, à la médecine s’ajoute la thérapeutique, qu'il soulagea, du même coup, bien des misères humaines!
Une de celles qui s’offraient le plus souvent à votre vue, Monsieur, était la triste condition des vieillards. N'est-ce pas parmi eux que vous avez trouvé la plupart des cas de maladies mentales que vous analysez avec tant de bon sens et de subtile pénétration? La démence sénile, vous êtes-vous demandé, est-elle une véritable démence? Et vous avez répondu : Ce serait plutôt un affaiblissement du cerveau, incapable d’adaptations nouvelles, mais qui vit, souvent avec intensité, sur les notions préalablement acquises. Qu'il me soit permis de vous emprunter un exemple : Le vieillard dont il s’agit « fit, dites-vous, un congé comme lancier puis quitta la lance pour la hallebarde et devint suisse de cathédrale ». Lorsqu'il s’asseyait au bord de son lit, se croyant à la chambrée, il comptait les jours qui le séparaient de la « classe ». C'était le soldat qui reparaissait. Et lorsqu'il avait en main un balai à long manche, il en frappait glorieusement le sol, en disant : je conduis la mariée. Il se croyait encore un suisse chamarré d’or...
Cette curieuse observation que j'aurais tant voulu pouvoir citer entièrement dans votre texte savoureux, prend ici figure d’anecdote. Il semble que la plume de l’auteur aït réflété un peu du bon, de l’indulgent sourire du professeur, de ce sourire qu’un de vos élèves, poète, certain jour célébra, avec, comme refrain de ballade :
Car toujours et partout vous avez le sourire,
Mais, au fond, quelle poignante mélancolie dans le cas du vicillurd dément, et comme on comprend, Monsieur,