‹ Mémoires de l’Académie de Stanislas (volume 5)Chapitre 81 sur 116 · RÉPONSE DU PRÉSIDENT AUX RÉCIPIENDAIRES XCIX · texte numérisé non relu

RÉPONSE DU PRÉSIDENT AUX RÉCIPIENDAIRES XCIX

Vous voulez dire qu’il pleut, écrivait La Bruyère, dites : il pleut. Vous voulez être renseignés sur un vêtement, sur un bijou? Consultez le tailleur et le joaillier. Comme c'est simple! Il ne fallait qu’y penser.

L'ensemble du livre, avec son glossaire et ses tableaux, représente un travail de dix années. Plus de 15.000 pièces sont passées sous les yeux de l'écrivain.

Nous connaïssions, certes, par les gravures de Callot ou les compositions d'Abraham Bosse, l’allure générale des costumes au commencement du xvi® siècle. Mais ce que ne peut rendre une œuvre d'art, ce sont des détails, plus intimes, de la toilette. La boutique du mercier, Messieurs, est à notre disposition. Notre confrère en a dressé l’inventaire. Aussi, guidés par lui, n’avons-nous plus qu’à choisir pour nous fournir en bas, gants, rubans, miroirs, bonnets, dentelles, écharpes, baudriers, éventails, jarretières.

Au chapitre de la lingerie, nous saurons ce qui se portait comme fraises, rabats, collets ou mouchoirs, et ce que signifient les mots « linceux » et « tavaoles ». Mots techniques, mots rares qui permettent d'’élucider des textes et notamment ceux de Molière! Nous nous croyons revenus au temps des Précieuses, avec les appellations des nuances à la mode.

Les unes sont agrestes et même jardinières : sylvie, lavandé, feuille-morte, « febve cuitte »; d’autres, du goût compliqué et puéril des « ruelles »: zinzolin, triste-amie, amourette, temps perdu, ventre de biche... Le duc de Lorraine chargeait son agent à la cour de France de courir les boutiques à la mode; la galerie du Palais, la place royale. Maïs toutefois, dans son duché même, se fabriquaient plusieurs étoffes, notamment les toiles d'Épinal et de Châtel-sur-Moselle. |

« Il faut, a dit, au Mercure de France, M. Émile Magne, accorder grande attention au travail patient, minutieux, de tous points remarquable de M. Hippolyte Roy, qui joint les qualités d’un écrivain de talent à la conscience d'un loyal érudit. » Et, dans une revue américaine, Mrs Éloise Ellery fait avec raison observer : « A cette époque, la cour de Lorraine était une copie de la cour de

C SÉANCE PUBLIQUE DU 20 Mar 1926

France sous la domination de Richelieu. Une étude directe de cette dernière est impossible, du fait que ses archives ont été détruites dans le grand incendie de 1737. Donc cette étude répand la lumière, non seulement sur la vie à la cour de Lorraine, mais aussi sur la vie à la cour de France, à une époque importante de l’histoire. »

Et je m'en voudrais de ne pas clore les citations par ces phrases élogieuses de notre vénéré membre honoraire, M. Christian Pfister, qui fut le préfacier du livre :

« I] lui arrive (à M. Hippolyte Roy), quittant littérature, annales, garde-robe ou technique, d'écrire, de 8a bonne plume, de l’histoire tout court : les portraits qu'il trace, entre autres, du duc Charles IV et de sa femme Nicole, de Gaston d'Orléans et de Marguerite de Lorraine, sont des pages de « grande histoire ». Ses tableaux, par ailleurs, rappelleront Abraham Bosse avec une pointe de malice à la Callot. »

Monsieur, nous avons eu dans nos séances de quinzaine la primeur de bien des pages de La Vie, la Mode et le Costume au XVIIe siècle. Depuis quelque temps, aussi, nous sommes initiés par vous à l’existence aventureuse de votre grand-oncle Charles Cuny, l'explorateur du Darfour... ce qui me semble être un signe certain de la naissance d’un livre. Enfin, vous venez de nous conduire, agitant vos clefs ingénieuses, au palais ducal et cette visite, historique et archéologique, me fait songer à celle à laquelle le baron Guerrier de Dumast convia ses confrères, lors du centenaire de notre Compagnie.

L’orateur, ou plutôt le poète, car il s’exprimait en alexandrins, vanta les illustrations de l'Académie et bénit le jour de sa fondation :

Noble jour que le jour où, dans des lieux fameux, Naquirent des travaux, respectables comme eux Où la salle des cerfs, un moment consolée, S'ouvrit : superbe encor, pour superbe assemblée.

Par ailleurs, il s’écria, vibrant d’enthousi:sme :

Salut, princes lorrains, mémorables figures, Colosses trop longtemps noircis par les injures.

RÉPONSE DU PRÉSIDENT AUX RÉCIPIENDAIRES ci

Autre époque, autre langage. La nôtre ne vous semblet-elle pas bien éloignée du lyrisme? N’en soyons pas, cependant, les contempteurs irréfléchis, car elle nous marque à son insu et nous fait subir son influence.

Je me suis efforcé de montrer quelle place vous y occupiez, vous, Monsieur, avec votre recherche émouvante de la vérité, et vous aussi, Monsieur, par ce que vous devez aux méthodes modernes en modelent le visage du Passé. DL

Quant à l'avenir, if dira sans doute, avec plus de

richesse, si mon humble et double crayon d’ajourd’hui ::::

fut fidèle.

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