LA FONTAINE DE DODONE
Frigidus est etiam fons, supra quem sita sæpe Stupa racit flammas concepto protinus igni.
(Lucrècs, livre VI) (1).
Sous les chênes touffus aux fatidiques voix
De Dodone épirote, il est une fontaine :
Tarie ou bouillonnante, à chaque heure incertaine, Glacée ou rallumant et l’étoupe et la poix,
Intermittente enfin, cette source des bois,
Que n’expliqua jamais aucun sage d’Athène, Prend du sein de la terre une chaleur lointaine Et s'écoule frigide et brûlante à la fois...
O ma Muse, es-tu pas comme la source antique Qui déverse à l’entour l’alternante liqueur?
Tantôt, après l'effort, tu restes apathique
Comme morte; tantôt ta verve poétique Jaillit, et lave ardente épand son flot vainqueur : Mais la flamme toujours vient du fond de mon cœur.
(1) Pline décrit aussi cette fontaine (livre II, chap. CIII).