RAPPORT SUR LES PRIX LITTÉRAIRES ET SCIENTIFIQUES XV
être le prix dont disposait votre Compagnie, car par ailleurs ce travail présente des faiblesses et des lacunes qu’il est impossible de méconnaître.
Le titre lui-même appelle déjà presque autant de réserves qu’il contient de mots : Histoire documentaire et anecdotique du village de Bénaménil depuis l’époque celte jusqu'à la Révolution. — « Documentaire » et « anecdotique », voilà deux mots qui s'accordent mal, et qui d’ailleurs sont inexacts : l’auteur ne publie pas de documents et ne raconte pas d’anecdotes. « Celte » n’est pas un adjectif : on dit « celtique ».
Au surplus il était bien inutile de vouloir remonter si haut, puisque de Bénaménil, comme de tant d’autres villages, on ne trouve aucune mention avant le XI siècle, et à la vérité, quand plus loin l’auteur consacre un chapitre étendu à « la région de Bénaménil aux époques celte (sic), gallo-romaine, mérovingienne et carolingienne », 1l sort manifestement de son sujet.
Laissons de côté bon nombre d’inexactitudes de détail, et tenons-nous-en aux critiques d’ordre général. L’au- ‘ teur ne parle n1 de l’organisation municipale et de son fonctionnement, ni de la vie religieuse, ni des mœurs populaires, des fêtes religieuses et rustiques, des préjugés, du patois, des légendes locales. Or tout cela rentre dans le cadre d’une monographie historique! C’est la vie même des âges passés qu’autant que possible il s’agit de faire revivre sous nos yeux.
Enfin et surtout, M. Divoux n’a mis aucune note dans son travail. Il y a bien en marge un certain nombre de références, mais elles sont si brèves, si irrégulières, si énigmatiques, qu’elles ne peuvent servir à d’autres qu’à l’auteur lui-même. Celui-ci répondra sans doute qu’il a composé son ouvrage de manière à ce qu’il puisse être compris par les gens de Bénaménil et qu’il soit lu avec plaisir. Or le commun des lecteurs ne lit pas les notes. Sans doute, mais il ne suffit pas d’amuser le public, on doit chercher à l’instruire, en lui fournissant le moyen de contrôler, s’il le désire, l’exactitude du récit et de vérifier l’exposé des faits.
Pour prendre toute sa valeur, le travail de M. Divoux
Série VI, L xx, 19:6 B