‹ Mémoires de l’Académie de Stanislas (volume 5)Chapitre 92 sur 116 · LE GOUT · texte numérisé non relu

LE GOUT

Et moi je suis la Langue, et je préside au goût... L’aliment, sucre ou sel, se fond et se dissout

Sur ma muqueuse humide, au milieu de papilles

Sans nombre, finissant les unes en aiguilles,

D’autres en champignon, d’autres comme un pavé, En corolle, en calice, et formant le grand V (1).

Mes nerfs, pelotonnés en bourgeons très sensibles (2), S'imprègnent là des sucs, isolés ou miscibles. Qu’apporte chaque mets : alors toute saveur Jusqu'à toi se transmute, Ô Cerveau receveur:

Et lorsque tu jouis l’eau m'en vient à la bouche;

Je claque entre mes dents devant ce qui te touche, . La cuisine parfaite et les vins des grands crûs,

Et les liqueurs sortant de maints flacons ventrus... Puis notre nourrisseur, l’estomac, s’en excite,

Et la digestion, ce chimisme implicite,

Commence et s’accomplit. C’est ainsi grâce à moi Que ta substance grise, Ô Chef, entre en émoi,

Et que, toujours exquis, le plaisir de la table

Survit aux autres sens et reste le plus stable.

(1) Le V lingual, dessiné par les papilles caliciformes. (2) Les bourgeons du goût.

Ra

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