DUCHESSE DE LORRAINE
Par M. Émile DUVERNOY
MEMBRE TITULAIRE
Claude de France, qui épousera notre duc Charles III, est le troisième enfant d'Henri II et de Catherine de Médicis, mais elle est le premier enfant qu’ils eurent comme roi et comme reine. Elle est née en effet sept mois et demi après leur accession au trône. Son frère François, qui sera François II, et sa sœur Élisabeth, qui épousera le roi d'Espagne Philippe I], naquirent quand leurs parents n'étaient encore que dauphin et dauphine. En raison de sa récente élévation, le roi lui chercha des parrains et marraines de haute condition. Il demanda aux cantons suisses, ses fidèles alliés, de la tenir sur les fonts de baptêmes; les cantons acceptèrent et se firent représenter par leurs ambassadeurs. Il choisit pour marraines sa sœur Marguerite, celle qui plus tard épousera le duc de Savoie, et sa cousine germaine, Jeanne d’Albret, qui deviendra l’année suivante la femme d'Antoine de Bourbon ({). | .
(1) DE Tuou, Histoire universelle, traduction imprimée à Bäle, t. L., p. 261. — Selon Claude de l’Aubespine, qui fut secrétaire d’État des derniers Valois, les marraines de Claude furent la reine de Navarre, c’est-à-dire Marguerite d'Angoulème, sœur de François Ier, et la duchesse de Guise (Doc. inéd., Pièces sur le règne de François IÏ, p. 893).
Pour s’attacher la Lorraine dont la bonne volonté lui était nécessaire depuis qu'il avait occupé les Trois Évèchés, Henri II donna sa fille au duc Charles III. Le mariage fut célébré à Paris le 22 janvier 1559. Née le 12 novembre 1547, Claude n'avait donc que onze ans et deux mois. Son mari était âgé de seize ans moins un mois; ainsi il y avait entre eux un rapport d'âge convenable, mais un mariage aussi précoce était bien imprudent. De fait, Claude de France mettra au monde son premier enfant quatre jours avant d'atteindre ses seize ans; elle aura en tout neuf enfants, trois fils et six filles, dont deux sont jumelles et mourra épuisée, le 20 février 1575, âgée de vingt-sept ans et trois mois, trop jeune encore pour avoir pu donner sa mesure et faire voir si elle avait la décision, la volonté, les aptitudes politiques par où brillèrent tant de nobles dames du xvi® siècle.
Claude n’en a pas moins trouvé de nos jours son biographe. Un écrivain mort il y a quelques années, Roger de Magnienville, lui a consacré un petit volume (1) bien informé, fort agréable à lire, tournant un peu, il faut le reconnaitre, à l’hagiographie, car il attribue à Claude toutes les vertus. Comme il arrive souvent, le peintre s’est épris de son modèle à plusieurs siècles de distance. À la fin de l'ouvrage, il publie vingt et une lettres missives de la jeune duchesse (2). Il fait ressortir leur caractère de simplicité, de bonté et de douceur et exprime le vœu que d’autres lettres de Claude soient trouvées et imprimées. Nous sommes à même de donner pour notre part satisfaction à ce désir très justifié, ayant découvert huit lettres de Claude de France. Une seule de ces lettres se trouve à Nancy; encore fait-elle partie d’une collection de titres sur la maison de Lorraine, constituée de manière factice et entrée, 1l y a dix ans seulement, aux Archives de Meurthe-et-Moselle; le Trésor des chartes
(1) Claude de France, duchesse de Lorraine, Paris, Perrin, 1885, in-16 de 246 p. dont 110 de pièces justificatives, avec portrait de Claude, d’après un tableau conservé à Munich.
(2) Par malheur, il ne précise pas quelles lettres Claude a écrites de sa main et quelles autres elle a simplement dictées.
ne contient, à notre connaissance, aucune lettre de la duchesse. Six lettres proviennent de la célèbre et précieuse collection des Cinq-Cents Colbert conservée à la Bibliothèque nationale. Nous avons trouvé la dernière dans la collection Tarbé annexée aux Archives municipales de Reims.
A un autre point de vue, ces lettres se répartissent ainsi : d’une part, deux lettres dictées par Claude et signées par elle, documents que nous qualifions d’originaux; ces lettres sont datées complètement : lieu, année, mois et jour. De l’autre, six lettres qu’elle a écrites de sa main propre et que nous appelons autographes; cellesci manquent absolument de dates, soit topographique, soit chronologique. Nous en concluons que Claude n'avait pas l'habitude de dater ses lettres, ce qui est fâeheux; si ses lettres dictées ont des dates complètes, e’cst au secrétaire qui les rédigeait que nous les devons (1).
Les lettres dictées sont d’une écriture assez lisible et d’un français correct, ne s’éloignant pas trop de notre langue d'aujourd'hui. Elles se comprennent sans peine. Les secrétaires des grands personnages étaient des -gens instruits, réfléchis, et on estime qu'ils ont beaucoup fait pour fixer et régulariser la langue.
Les lettres autographes sont d’une grande écriture un peu penchée, très difficile à lire, même quand l'encre n’a point blanchi. Les caractères sont tracés négligemment et sans netteté, le q et le g, le { et le f se ressemblent absolument. Il n'y a pas d’abréviations dans ces lettres, mais elles n’en sont pas plus faciles à lire. On préférerait de beaucoup quelques-unes de ces abréviations classiques, si aisées à résoudre, et une écriture mieux formée, avec des mots coupés normalement. Car la jeune duchesse a horreur des longs vocables. Dès qu’un mot compte quatre
(14) Par analogie, on peut admettre que des vingt et une lettre: publiées par Magnienville, les six qui sont dattes sont des lettres originales, c’est-à-dire dictées; les quinze autres qui manquent de dates sont vraisemblablement des lettres autographes.
ou cinq syllabes, elle le coupe en presque autant de mots, écrivant par exemple :
ar di e se pour hardiesse,
aque roy se mant pour accroissement, au gue mantré pour augmenterai,
in por leuné pour importuné.
Et les singularités orthographiques augmentent encore la difficulté de lire et de comprendre ces lettres. Tout porte à croire que Claude avait une intelligence au moins moyenne, et Brantôme nous apprend qu’elle était instruite (1), mais en voyant ses lettres on se demande si elle a jamais lu un livre imprimé, ou du moins si elle a tenu le moindre compte des usages qu'elle y trouvait suivis. Peut-être se faisait-elle lire les livres plutôt que de les lire elle-même. On ne peut pas d’ailleurs lui reprocher précisément de manquer d'orthographe. Elle a son orthographe à elle, bien différente de celle de ses contemporains, et elle s’y tient. Tantôt elle simplifie les mots, écrivant sé, lé, cose, pour ses, les, cause; tantôt elle les complique, écrivant mais pour le possessif mes. Elle confond aisément les sons du c dur et du g, écrivant oblicasion, cardera. D'autre part, elle met partout le g pour le j : ge, Magesté, et elle fait de même quand le g est suivi d’un a : gamais, dega, ganné (j'en ai). En certains cas, sa graphie est en avance sur le temps, car elle écrit sans s : notre, votre, écrit, requête, sans doute parce que cet s ne se prononçait plus, et que sa graphie est généralement phonétique, puisqu'elle écrit fame pour femme, bo pour beau.
Enfin Claude procède continuellement par épinthèse, c'est-à-dire qu’elle dédouble des syllabes, écrivant par exemple :
agueréable pour agréable aqueroysemant — accroissement
(1) Œuvres complètes, édit. Lalanne, t. VIII, p. 137-139. — Claude et sa sœur Élisabeth avaient eu pour précepteur un clerc nommé Claude Mallot qui devint en outre, en 1554, aumônier de Catherine de Médicis (Lettres de Catherine de Médicis, t. X, p. 528).
mi
auguemanter — augmenter dépelait — déplait devinderont — deviendront ferère — frère guerant — grand guerase — grâce guerose — grosse pelase — plaise perandre — prendre perinse — prince permelera — permettra queroyre — croire regueret — regret voderois — voudrois
C'est chez elle une habitude bien établie, qui répond sans doute à une prononciation personnelle des mots.
Et les lettres écrites de cette manière si étrange ne sont point des lettres d'enfant. La plus ancienne des missives autographes que nous publions ne peut pes être reportée au delà de 1567, où Claude eut vingt ans, et la plus récente est de 1572 où elle en comptait vingt-cinq.
Nous publions ces lettres telles qu’elles sont libellées, sauf à rapprocher les diverses syllabes d’un mot quand la plume ducale les a séparées. Nous les rangeons, qu’elles soient autographes ou non, dans l’ordre de leurs dates. Les missives autographes ne sont pas datées, mais nous leur avons trouvé des dates au moins approximatives : qui sont justifiées dans les notes. Deux seulement sont restées rebelles à toute date et nous les avons placées à la fin.
Nous aurions voulu identifier toutes les personnes nommées dans ces lettres. Il en est plusieurs sur lesquelles nous n'avons rien trouvé, ni dans les dictionnaires biographiques et généalogiques, n1 dans les ouvrages sur la Lorraine au temps de Charles ITT, ni dans les Œuvres de Brantôme et dans les Lettres de Catherine de Médicis, ces deux grands répertoires de faits et de noms de la seconde moitié du xvi® siècle. 11 est probable que ces hommes qui n’ont point laissé de traces étaient d’assez petites gens;
il est possible en outre que la plume de Claude de France ait assez déformé leurs noms pour les rendre méconnaissables. Enfin l'habitude, alors courante, de désigner les personnes tantôt par leur patronymique, tantôt par un nom de terre, n’est pas propre à faciliter les identifications.
1567. — 22 mai.
À Messieurs les vénérables prévost, doyen, chanoines et chapitre de l’église de Sainct-Diey.
Messieurs, pour ce que nous désyrons singulièrement le bien et avancement en l’Église de nostre bien amé maistre Jean Charnay, nostre aulmosnier, en considéracion des bons et aggréables services qu’il nous a faictz dès long temps, et continue chascun jour en sa charge; à ceste cause, nous vous avons bien voulu escrire la présente en sa faveur, et vous prier aultant affectueusement qu'il nous est possible, et pour la première requeste que nous vous avons faicte depuis nostre advènement en n0z pays, vous nous vueillez gratifier de la première chanoinye et prébende pacificque (1) qui à vostre tour viendra cy après à vacquer en vostre église, et d’icelle en prouvoir ledict Charnay, le préférant à tous aultres qui par €y devant en pouroient avoir eue de vous promesse (2). Et oultre l'obligacion que ledict Charnay vous en aura à
(1) Prébende possédée paisiblement, sans contestation (DURAND DE MaiLLanr, Dictionnaire de droit canoniçue, t. IV, p. 431).
(2) I semble que les ducs et duchesses avaient l'habitude de pourvoir leurs aumôniers de prébendes de la collégiale de Saint-Dié. C'est ce que font René IT en 1490 (Bull. de la Soc. d'archéol. lorr., 1929, p. 174) et Chrétienne de Danemark en 1542 (Annuaire de la Soc. d'hist. et d'archéol. de la Lorraine, 1931, p. 151). II est évident que les bénéficiaires de ce cumul devaient, ou bien négliger le service du duc, ou bien ne pas résider à Saint-Dié.
jamais, vous nous ferez ung singulier plaisir, et si nous donnerez occasion d’avoir voz affaires cy après et de vostre église, tant en général que particulier pour recommandez, ce que nous vous asseurons de bon cueur, vous priant au demeurant nous faire entendre par le porteur de ceste, commis exprès, la voulunté et intencion que avez en ce nous gratifier. Et sera l’endroict où nous prions le Créateur vous avoir, Messieurs, en sa saincte grâce.
De Nancy, ce 22€ may 1567.
De sa main : La vostre, CLAUDE.
(Orig., Arch. de M.-et-M., série F, collect. de titres sur la maison de Lorraine remise en 1922 par les Arch. de la Moselle.) :
Au roy, mon signeur et ferère.
Monsigneur, ancore que depeuis que n’é heu set honeur de voir Votre Magesté, ge n’es aprins nouvèle pour vous devoir inporteuner de mes letre, si et se que, pour ne désiré rin tant que d’astre le pleus souvant que pouré ramanteus (2) à Votre Magesté, selà m'a fait perandre sete ardiése, s’annalant le sieur des Ingan, de l’acconpagner de sete pour la vous présanter de ma par, qui sera, Monsigneur, pour vous seuplier très heumblemant de queroyre que n'arés gamés de servante très heumble
(1} Dans cette lettre, la duchesse dit avoir deux fils; elle l'écrit donc entre le 1er juillet 1567 où naît son second fils, Charles, et le 27 février 1572 où nait le troisième, Francois.
(2) Rappelte.
pleus afetionnés que moy, qui ne demande à Dieu pleus guerant bien (1)
pour vous en randre sertin, comme gann'é la volunté, se que, pour astre fame, ne pourois etséceuter si bien que désirois. Mès Dieu m’a donné de fis (2) qui ne sont nés ni noris an notre intansion que pour toute leur vie et tou ce qu’il aront an se monde, l’anploier au service de Votre Magesté; et fu ce la volunté deu tou de Monsieur mon mari, seupliant à Dieu qu'il s’an doint la guerase au père, à la mère et aus anfans, pour ne pouvoir personne astre pleus aubligé que nous à Votre Magesté, et à la guerandeur de votre couronne, pour laquéle je fais commencé prière à Dieu qu'il vous il doint tout aqueroysemant et prospérité, aveque, Monseigneur, très heureuse et très longue vie.
Votre très heumble et très obéisante seur,
CLAUDE DE FRANCE
(Autogr. B. N., Cinq-Cents Colbert, ms. 10, fol. 144.)
1571. — 17 mai.
Au roy.
Monseigneur, estant advertye par ceulx de la cité de Toul qu'ilz envoyoient vers vous pour remédier à l'entreprise d’aulcuns de leurs habitans, en bien petit nombre, qui se dient de la nouvelle opinion, lesquelz contrevenans au règlement par vous ordonné en ladicte ville lorsque vous y passastes en l’an 69 (1), vouldroient avoir liberté d’aller exercer hors ladicte cité et terre de l’évesché
(1) Plusieurs mots illisibles.
(2) Deux fils... en autre intention.
(3) Charles IX et Catherine de Médicis sont passés à Toul en février 1570, n. st.
me
et conté leur religion nouvelle et faire néantmoins leur demeurance en ladicte cité; et parceque celà pouroit amener des inconveniens, et avecq le temps causer de grans discordz et divisions entre les citoyens et mesmement préjudicier aux subjectz du pais voisin, j’ay bien voulu très humblement vous supplier par ce mot de lettres, Monseigneur, de vouloir prouveoir à l'affaire desdicts de la cité de Toul, et ne permectre que aulcun changement et innovation soit faicte, tant en leur religion que ancienne et accoustumée façon vivre, afin qu’uz puissent demeurer en bon repos. Et espérant qu’en ce il vous plaira à ma faveur les avoir en bonne recommandation, je ne feray ceste plus longue, suppliant le Créateur qu'il done à Vostre Majesté en perfaicte santé et prospérité, Monseigneur, très heureuse et longue vie. De Nancy, ce 17e may 1571.
De sa main : Vostre très humble et très obéisante, CLAUDE DE FRANCE.
(Orig. B. N., Cinq-Cents Colbert, ms. 7, fol. 329.)
Au roy, mon signeur et ferère.
Monsigneur, ge ne sé conmant ge, Monsieur mon mari. ni MOY, ni mais anfans pourons gamais faire très heumble servise à Votre Magesté, comme Votre Magesté nous an ran tous lé jour obligés, nous ayant ancore ses jour fays aunorés (2) à la requête de la royne, ma mère, et de
(1) Cette lettre fait allusion à la grossesse de la reine. Charles IX avait épousé Élisabeth d'Autriche le 26 novembre 1570; leur fille, Marie-Élisabeth, naîtra à Paris le 27 octobre 1572. La lettre est donc écrite avant cette dernière date, et plutôt en mai ou juin, quand les espérances de la reine ont pu être annoncées ofliciellement.
(2) Fait honorer.
SFRIR VI, t. xxIX, 1032 | 11
mon fère, nous avés acordé le guerase que le sieur de Melay (1) m’a écrit avoir reseu, de coy, Monsigneur, se oblicasion me fust, auguemantré le regret que de lontans qui ne sorère quel occasion de vous randre très humble servise. Je guegesraye que quelque jour Dieu m'an fera la guerase, et permétera que mes fis devinderont guerant pour anploier leur vie au servise de Votre Magesté, n'ayant autre moiant de reconnétre les guerant bien que, san l’avoir mérité, il resoive de Votre Magesté, à laquèle ge prandrè la ardièse de très heumblemant la seuplier que tougant le fait de Monnirolle qu’il vous pelase an retenir la cose devant Votre Magesté, comme il vous a déga pleu nous acordé; qui me cardera vous atedier de pleus longue lètre, et priré Dieu qu’il vous doint, Monsigneur, très heureuse et très longue vie, et qu’il leu pelaise vous donner un bo fis qui soit notre signeur, de se que la royne est guerose, espérant que arès set heur que moy et mes anfans je rans très heumble servise à notre peti dofin.
Votre très heumble et très obéisante seur,
CLAUDE DE FRANCE
(Autogr., B. N., Cinq-Cents Colbert, ms. 10, fol. 234.)
A roy, mon signeur et ferère.
Monsigneur, Monsieur mon mari et moy avons donné
(1) Melay est le nom que prennent certains membres de la maison d'Anglure. En 1559, un sieur de Melay est envoyé de Lorraine à la cour de France; c’est peut-être le même qui s’y trouve encore en 1572 et peut-être aussi est-il permis de l'identifier à Henri d’'Anglure, sieur de Melay, qui fut chef des finances de Charles III.
(2) Dans cette lettre, Claude demande au roi de recommander au pape son second fils, Charles, pour lui faire avoir l'évêché de Metz. La bulle de Grégoire XIII qui donne au jeune prince l’expectative de cet évêché est du 1° décembre 1572. La lettre est donc antérieure à cette date, et sans doute du milieu de 1572.
charge au sieur de Melay faire antandre à Votre Magesté comme Monsieur le cardinal de Lorène (1) nous a promis résiner à notre secont fils l'évêché de Mais, et par se, Monsigneur, que il soit que se fait vienne devant le Pape, Monsieur mon mari et moy savons bien que unne lètre de Votre Magesté nous peut de tout etder; selà nous fait prandre la ardiése de très heumblemant vous seuplier nous an voiloir acorder unne, comme le sieur de Melay a charge de faire de notre part très heumble requête à Votre Magesté, laquèle ge seupli très heumblemant queroyre que se bien et tous autre que avons et arons gamais, ne le désirons que pour avoir tous jour pleus de moins (2) de les dépandre au très heumble servise que vous devons, n’étans noris mes anfans à autre intansions que, quant il seront guerand, de aler tousjours à vos biens et dépandre tou se que il l’ont sans demeur que des biens que gournelemant et eus et nous resevons de Votre Magesté, pour laquele fais requête à Dieu qu'il vous doint, Monsigneur, an per juste, santé très heureuse et très longue vie.
Votre très heumble et très obéisante seur,
CLAUDE DE FRANCE
Autogr., B. N., Cinq-Cents Colbert, ms. 10, fol. 235.)
Au roy, mon sigeur et ferère.
Monsigeneur, ge conmanserés sète lètre par très heumblemant remersier Votre Magesté de l’onneur qu'il vous
(1) Charles, fils de Claude, premier duc de Guise, fait évêque de
Metz en 1550, cardinal au titre de Sainte-Cécile en 1547, mort en
(2) Plus de moyens.
(3) Le mariage de Marguerite, sœur plus jeune de Claude, avec Henri de Navarre, d’abord fixé au 12 août 1572, s’est fait le 18 août. Cette lettre est donc des premiers jours d’août.
a peleu me fère que de m'’avertir deu jour des nose de ra seur au x11 ième de se mois, et pour voir le tans si cour, et que pour rien ne voderois fillir, ni aussi désobér au conmandemant de Votre Magesté. Ge partirés mardi prochin pour estre le pleus tos qu’il me sera posible et sans estre memant marie (4) que Monsieur mon man ne peut satifère à votre conmandement de s'i trouver, lequel n’an resoit moins de regueret, tant pour ne aubéir aus conmandemans de Votre Magesté, que pour pertre unne si bonne aucasion pour fère parètre à ma seur camme il n’a gamais rin pleus désiré que d’avoir aucasions de leui fère parètre sa volunté qu’il l’a de leu fère très heumble servise; mais il leui et seurveneu des afère qui pour se cou le prive de se bien, se qu'il seuplie très keumblemant à Votre Magesté ne trover movès, se qu'il l'espère, viengnant Votre Magesté où tandera l’ocasion de sa demeure, que reseverés ses esceude pour resonaable. Et pour l’espéranse que g’ é que bientos arés se honneur les vous fère antandre, ge ferés fin an priant Dieu qui vous doint, Monsigneur, très heureuse et très longue vie.
Votre très heumble et très obéisante seur,
CLAUDE DE FRANCE
(Autogr., B. N., Cinq-Cents Colbert, ms. 10, fol. 238.)
Au roy, mon signeur et frère.
Monsigneur, s’an retournant le sieur de Lulie, prèésant porteur, ver vous, je n’ay point vouleu falir de fare mon devoir de vous écrire pour me ramantevoir en votre bonne grâce, et ausi pour vous suplier très humblemant
(1) Mêmement marrie.
de me vouloir pardonner de se que j’é tant mis à faire mon devoir de vous écrire. Mais se qui an n’a esté cose, s’et que je me suis toujour santeu mal, et je ne vous et point vouleu anvoier Lulie que je ne me portise for bien. Et m’asurant, Monsigneur, que me ferés set honneur de pardonner, et que sela ne m'’élongnera point de votre bonne grâce, car, Monsigneur, s’et la chose du monde que je querindrrois autant que de la perder. Et seur selà je finiré se propos, de peur de vous inporteuner, an supliant Notre Signour qui vous doint, Monsigneur, très heureuse et longue vie. Votre très humble et très obéisant seur,
CLAUDE DE FRANCE
(Autogr., Arch. munic. de Reims, coll. Tarbé, carton X, n° 130.)
Au roy, mon signeur et ferère.
Monsigneur, ayant par votre commandemant esté donné journé à Monsieur mon mari pour le fait de Monnirolle au preumier jour de geun, Monsieur mon mari n’a voulu fillir à votre voier, le sieur de Méla, pour obéir aus commandemans de Votre Magesté, espérant que à se cou il leui sera mis fin, de coy fais très heumble requête à Votre Magesté, à sele fin que ne sois pleus inporteuné de nous, qui nous est pleus de pène que de nos afère propre, espérant, Monsigneur, que Votre Magesté nos fera set honneur que de faire parètre à Monsieur de Benfi (1) conbien il vous dépelait un seuget désaubéisant
(4) Sans doute de la mème famille que ce Renault Buefvin, habi- . tant Trognon, aujourd’hui Heudicourt (Meuse, cant. Vigneulles), qui fut anobli par le duc Antoine le 10 décembre 1529 (Arch. M.-et-M., B 18, fol. 55 vo).
à son perinse, ancore à un qui a set heunneur que d'are si proge à Votre Magesté, et qu'il n’a rien fait an volunté que toute sa vie aitre si heureus que de pouvoir faire très heumble servise à Votre Magesté, qui vous soit agueréable, se que je prie à Dieu que il nous an dont la guerase, et à Votre Magesté très heureuse et longue vie. Votre très heumble et très obéisante seur,
CLAUDE DE FRANCE
(Autogr., B. N., Cinq-Cents Colbert, ms. 10, fol. 237.)