‹ Mémoires de l’Académie de StanislasChapitre 11 sur 114 · XVI SÉANCE PUBLIQUE DU 20 DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

XVI SÉANCE PUBLIQUE DU 20 DÉCEMBRE

tions nous suffisent. Hélas! le jeune homme avait une excuse dont la troisième partie nous révèle le secret : il aimait et la vie parfois non moins cruelle que la mort l’a séparé de celle après laquelle il soupirait : c’est au culte de Marie-Reine qu'est donc consacré le nouveau chant, intitulé Tourment d'amour. De la jeune fille « aux grands yeux de lin » le poète nous a peu confié : trop vite elle se montra hautaine, insensible, car c’est à son indifférence que le poète parait dédier d’abord sa « doiente chanson ». Mais l'amour romantique est toujours si grave, si embué de larmes, que l’on s’y perd un peu. Quelle pensée désespérée, par exemple, de parler à l’enfant qu'il aime des séparations inéluctables, de lui dire :

Et l’heure de la mort pour toi se fera douce. Puis, lorsqu'un long cortège, assemblée pour ton deuil Écoutera tomber les pleurs du glas qui sonne,

Un ange descendra te ravir au cercueil :

L'amour est immortel et le mien te couronne.

Triste couronne que ces fleurs mortuaires : les jeunes filles aujourd’hui ne sont plus héroïnes qui parent ainsi leurs cheveux. Où sont les femmes de Musset ?.. M. Caput en fit l'épreuve et le sait désormais, si le propre du grand amour est de braver la mort, même d’en imaginer l'épreuve pour goûter au bonheur éternel, combien préfèrent la fuir et l’oublier. Ne viendra-t-elle pas toujours trop tôt? L'idylle fut brève. Sur leurs routes divergentes Marie-Reine et le poète se sont éloignés. Pourtant, sur la table, l’œillet qu’elle offrit naguère est à peine effeuillé :

Souvent j’évoquerai votre courte tendresse.

Les aveux sont des fleurs que l’on cueille en tremblant Et qui semblent garder, pour les soirs de détresse, Comme un parfum dolent.

Le souvenir de l’absente inspirera M. Pol Caput, poète de la solitude, plus peut-être que sa présence ne l’avait exalté. Écoutez, par exemple — je m'excuse de multidlier ces citations, espérant que peut-être vous y prendrez

Page 1