‹ Mémoires de l’Académie de StanislasChapitre 14 sur 114 · RAPPORT SUR LES PRIX LITTÉRAIRES XIX · texte numérisé non relu

RAPPORT SUR LES PRIX LITTÉRAIRES XIX

C’est encore le travail héroïque du soldat, devant lequel ce jeune s'incline in memoriam.

Dans les champs où grondait le canon souverain Vous avez enduré l’amère solitude, L’insomnie et la faim, le froid, la lassitude, La balle vous narguant de son cruel refrain.

C’est enfin sous le titre Vers l’Infini que le jeune poète a groupé trois pièces d'inspiration surtout religieuse qui témoignent d’une réelle distinction de pensées et d’une audace victorieuse dans le rythme. C’est, par exemple, cette vision fulgurante de la Résurrection du Christ.

Deux fois déjà, l'aurore a précédé le jour, Sans que le Christ encore ait quitté ce séjour. Mais l’aube a déployé son écharpe nacrée :

Comme un éclair, Jésus, vers les cieux éclatants, S’élance et te ravit, Ô mort, sa chair sacrée.

Ces deux derniers vers sont remarquables.

Et enfin vous apprécierez, je pense, le rythme de ce Miserere qui termine le recueil sur une note profondément humaine :

Vous êtes la beauté qui voile sa splendeur;

Près de vous les élus tressaillent de bonheur; Les croyants, à genoux, vous proclament leur roi. Seigneur, ayez pitié des âmes sans la foi.

Sur bien des cœurs s'étend une morne détresse Que n'’éclaire jamais un rayon d’allégresse : Vous qui. veillez la nuit sur l’oiseau qui soupire, Seigneur, ayez pitié des lèvres sans sourire.

Il en est qu’assombrit un plus morne destin.

Convives oubliés au terrestre festin,

Dans l'ennui solitaire, ils passent chaque jour : Seigneur, ayez pitié des regards sans amour.

La douleur n’a qu’un temps, l’amour est éphémère. Mais, pour nous consoler de cette vie amère,

Vous envoyez l'espoir qui berce la souffrance : Seigneur, ayez pitié des cœurs sans espérance.

xx SÉANCE PUBLIQUE DU 20 DÉCEMBRE 1931

Je e m'excuse, messieurs, ‘du nombre et de la longueur de ces citations, vous me les pardonnerez si elles justifient, à vos yeux, comme je l’espère, le prix que vous allez décerner à leur auteur. M. Pol Caput est né poîte, nul, je pense, ne songera à nous démentir. Il écrit habituellement en strophes, le plus souvent en sonnets, mais 1l s’est aussi mesuré avec les poèmes en tercets. Cette souplesse de talent est du plus bel augure. Déjà on peut glaner, chez M. Caput, quelques très beaux vers.

C'était un soir d’avril où la brume légère Pose une écharpe bleue au front pur des forêts...

On goûte, à le suivre, une réelle fraîcheur de sentiments, o1 admire une véritable disposition à ce faire naitre et à communiquer l'émotion. Son vers, écrit votre rapporteur, « est chantant sans monotone. Il est doux sans miévrerie, caressant sans fadeur. Il sait se faire nerveux, ferme, martelé même au besoin ». On ne peut reprocher à M. Caput qu'une trop parfaite dévotion aux thèmes romantiques; cette fidélité se traduit par un abus des larmes et du désespoir; elle l’entraîne parfois à une vaine grandiloquence; on a regretté également qu’il abusôt de la rime riche. Mais s’il a paru convenable de signaler ces défauts, votre commission n’en a pas moins été unanime à préférer M. Pol Caput aux autres candidats. Son œuvre littéraire est incontestablement d’une éminente qualité, et nous sommes heureux de consacrer son talent.

Permettez-moi d'ajouter qu'il est heureux de voir à l'heure actuelle, alors que la jeunesse vole si nombreuse aux plaisirs les plus grossiers, un jeune homme de son âge, presque un enfant en dépit de sa douleur éternelle, dédaigner cet entraînement pour les plaisirs, combien plus élevés, de la recherche et du travail poétiques. Louons M. Pol Caput de rendre ainsi hommage au prestige des lettres, de s’efforcer d’en augmenter l'éclat en composant lui-même de beaux vers harmonieux et français. Et puisqu’il souffrait tout à l'heure d’être dans un monde rail-

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