RAPPORT SUR LES PRIX LITTÉRAIRES XXI
leur, l'éternel solitaire, permettez-moi d'espérer que de bienveillant suffrage de votre Compagnie contribuera à faire cesser l’isolement immérité dont il se plaint.
MESSIEURS
En passant du prix Stanislas de Guaita au prix du Souvenir, votre rapporteur dirigera vos regards vers des spectacles moins pacifiques. C’est une lourde tâche qui vous incombe de choisir chaque année l'ouvrage qui vous paraît le plus propre à entretenir le culte du Souvenir et à garder la mémoire de responsabilités criminelles. Tantôt vous rappelez le supplice des plus innocentes victimes, comme ces enfants au berceau fusillés à Dinant, dont il y a quelques années vous évoquiez le martyre, tantôt un récit de bataille ou d’exploit mérite votre suffrage. Cette année, parmi les ouvrages présentés vous avez choisi pour le couronner un mémorial des victimes de la guerre dans un village lorrain.
L’auteur en est l’abbé Léon Manet, curé de Villey-Saint- Étienne (4), qui a écrit pour sa paroisse le Livre d'Or de la grande guerre (2). Qui de vous, Messieurs, ne connaît ce petit village de l'arrondissement de Toul? la silhouette vous en est sans doute familière bien que peut-être vous ignoriez son nom. Lorsque l’express vous ramène de Paris, après avoir dépassé les interminables casernes de Toul, vous cherchez instinctivement des yeux, sur votre gauche, le promontoire de Liverdun, signal de notre banlieue. Cependant la vallée de la Moselle se prolonge, riante quoique déserte, et votre recherche est longtemps déçue. Maïs vous voyez alors défiler sur la rive gauche, pour vous faire prendre patience, un coquet village lorrain aligné tout en longueur comme pour une revue; une forte maison d’allure féodale le précède, ses toits
(1) Villey-Saint-Étienne, canton de Domèvre, 636 habitants.
(2) Maner (Abbé Léon), Villey-Saint- Étienne, Le Livre d'Or de la grande guerre. Préface de Mer Rucxn et lettre du maréchal LyauTs£ y. Nancy, Vagner, 1930, in-16, 1v-198 pages.