‹ Mémoires de l’Académie de StanislasChapitre 16 sur 114 · XXII SÉANCE PUBLIQUE DU 20 DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

XXII SÉANCE PUBLIQUE DU 20 DÉCEMBRE

rouges s’enlèvent sur le ciel; un clocher du x1i° siècle le domine : c’est Villey. Le village n’a pas été ravagé par la guerre : il demeure intact; comme tant d’autres il a profité du sort étrange de Nancy, proie offerte semblait-il à l'ennemi, dont il dédaigna l'assaut, tandis que la capitale, au cœur du pays, fut si longtemps menacée. Il aurait fallu peu de chose sans doute pour qu'il en fût autrement. Que le camp retranché de Toul eût joué le rôle d'arrêt auquel il était destiné et Villey-Saint-Étienne serait aussi célèbre aujourd’hui que les Vaux et les Douaumont. La côte de Villey eût valu celle des Éparges...

- Mais à quoi bon refaire l’histoire? Dans le petit village

épargné, il y a comme jadis quelques vignerons qui regardent sécher leurs ceps, chaque année plus rares, une

. centaine de carriers travaillent aux carrières voisines

à extraire les pierres que se disputent les soudières

- puis il y a là encore, Dieu merci, un curé lorrain, bien . de chez nous, qui occupe ses rares loisirs à scruter le

passé de sa chère paroisse. La vie donc n’a point changé : ce sont les mêmes champs, les mêmes arbres, les mêmes mœurs, mais dans le groupe des hommes la guerre, elle,

‘a fauché, vous le pensez bien : Villey, comme toutes les communes de France, eut son groupe pressé de victimes.

M. l'abbé Manet a eu l’idée pieuse de réunir leur nom dans un livre d’or, le livre d’or de la grande guerre, et de glaner pour chacun d’eux les traits d’une courte bio-

. graphie. Livre d’or : je ne sais pas à vrai dire si ce terme

trop usé est le titre le plus heureux. N'est-ce point plutôt là le livre de pitié, le livre de sovenir par excellence? Le sympathique pasteur du petit troupeau — 600 âmes — a été frappé sans doute de la triste imper-

. sonnalité des noms gravés sur tant de monuments dont

nos campagnes sont semées. Partout, sur les stèles ba-

. nales, des listes de noms trop vite oubliés. Aujourd'hui, . la piété des survivants fleurit leur stèle, demain l’offrande

sera plus rare. Déjà pour l'enfant qui fouette sa toupie sur les dalles, souvent ces inconnus ne sont rien. Dans deux ou trois générations leur souvenir même aura passé. De loin en loin, à quelque anniversaire solennel, la prière collective du peuple secouera cet oubli, qui retombera

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