‹ Mémoires de l’Académie de StanislasChapitre 18 sur 114 · XXIV SÉANCE PUBLIQUE DU 20 DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

XXIV SÉANCE PUBLIQUE DU 20 DÉCEMBRE

tandis que cinq autres habitants du village sont dans la même bataille blessés ou faits prisonniers; Alphonse George tué à Longuyon, nul ne sait comment. « Peutêtre faisait-1l partie de l’équipe de jeunes gens et d’hommes qu'on réquisitionna pour enterrer leurs concitoyens assassinés et les morts de la bataille. Ils étaient vingt et un. Quand leur lugubre besogne fut terminée, on les attacha les uns aux autres, on les aligna contre le mur d’un bâtiment de la caserne des chasseurs à pied et, sans pitié, on les fusilla. » Sa veuve mourut pendant l’occupation. Leur enfant avait deux ans quand le père fut massacré. Eugène Voirin tombe à Champenoux, Paul Grojean à Ypres, Eugène François disparait à l’attaque de Flrey; Victor Pierson meurt en héros près d’'Herbéviller, Émile Grojean est frappé à mort sur le charnier de Notre- Dame-de-Lorette, Henri Bernard est tué au Bois-le- Prêtre et son père, le garde du canal, succombe au chagrin en 1915. Paul Cherrier, un de ces petits pupilles de l’Assistance publique, que nous nous souvenons avoir vu promener leur tristesse de la tranchée sans espérance à la permission sans joie, eut les pieds gelés la même année, en février; revenu du front il écrit le 3 juillet à sa famille d'adoption : « Nous partons au repos demain. » et le repos c’est, trois jours plus tard, le cimetière du Pétan. Le capitaine Burtaire — un capitaine de vingt-six ans — est tué sur le parapet au bois de le Gruerie et repose à La Harazée; le téléphoniste Albert Rambour, tombé au Vieil-Armand, est enterré dans la tranchée où jamais son corps ne fut retrouvé. Ferdinand Jentges, Belge naturahisé en 1913, écrit à sa femme : « Je voudrais avoir des ailes, pour m'’envoler là-bas, ne fût-ce qu’une paire d'heures; après on pourrait s’en retourner voir les Boches et tâcher d'en démolir quelques-uns pour finir la guerre...» à sa fille : « Je te revois dans ta robe blanche, le jour de ta première communion... », et à son fils : « Ne deviens pas trop vite grand, car c’est trop triste la guerre... »; 1l est tué le 18 septembre 1915 d’un éclat d’obus à la tête. À la veille de l’attaque de Champagne, le même mois, Lucien Decker écrit : « Bientôt va venir le jour du grand combat; j'ai confiance en Dieu, dans cette Marne, où

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