‹ Mémoires de l’Académie de StanislasChapitre 19 sur 114 · RAPPORT SUR LES PRIX LITTÉRAIRES XXV · texte numérisé non relu

RAPPORT SUR LES PRIX LITTÉRAIRES XXV

l'an dernier, on a remporté une grande victoire qu'on regarde comme un miracle. Ayons confiance. » Il disparaît, le 25, à Mesnil-les-Hurlus, peut-être écrasé dans une sape. Jules Bonnet, près de là, est pulvérisé le même jour dans l’explosion d’une mine : 6 sur 8 des soldats de la classe 15, sont morts. Pour tous, la tombe sans cercueil n’est même pas un asile : le corps de Victor Lagrange tué à Rambucourt est dispersé par les obus dans le cimetière bombardé. |

Marcel Voirin n’avait que seize ans à la déclaration de la guerre. Son frère aîné, Eugène, est tué à Champenoux le 14 septembre 1914; le 16 août suivant, il a eu dix-sept ans la veille, Marcel va s'engager à Toul. Le 11 novembre 1916, à Sailly-Saillisel, dans la Somme, la petite troupe dont il faisait partie est cernée par l’ennemi. Les Allemands, racontera un survivant, somment les Français de se rendre, les coups de feu crépitent. Marcel Voirin reçoit une balle dans le dos, il tombe et crie à ses camarades qu'il voit sur le point d’être pris : « Partez! Laissezmoi | » et avant d’expirer, il ajoute : «Oh! si maman me voyait ! » 11 venait d’avoir dix-huit ans.

Mais en voilà assez. Je ne vous parlerai ni d'Eugène Gabé qui défend à sa mère de pleurer les morts, ni de Marcel Grojean que les gaz achèvent sur un lit d'hôpital, ni de Camille Gabé, qui râle toute une nuit le crâne ouvert, sur un champ de bataille de l'Aisne... Car pourquoi poursuivre? surtout, pourquoi choisir? Toutes ces pages se valent, toutes elles exhalent la même odeur de sang, la même tristesse de cendre, la même douleur. J’ai lu bien des pages consacrées à cette guerre, j'en connais peu qui m'aient fait revivre, si aiguë cette impression des jours de deuil où la Providence avait les rigueurs d’une fatalité. En lisant vos phrases dépouillées et vibrantes, la tête entre les n'ains, je songeais, Monsieur le curé, aux phrases déchirantes des vieux chroniqueurs relatant les catastrophes, aux plaintes désolées d’un Florus, aux lamentations du moine d’Ely sur la ruine de son pays. A mille ans de distance, je croyais les entendre encore.

Après avoir dénombré les victimes, vous avez voulu, M. l'abbé, citer les survivants. Vous l’avez fait, dites-vous,

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