RAPPORT SUR LES PRIX DE VERTU
Par M. le comte Antoine de MAHUET
MEMBRE TITULAIRK
MESSIEUFS,
Célébrer, en public, la vertu, est un grand honneur et, après La satisfaction de faire le bien, je ne sais s’il en existe de plus attachante que celle de le raconter. Il me semble, néanmoins, avoir observé que cet honneur n’excitait pas entre nous ni l’émulation, ni même le désir de remplir ce devoir. Bien au contraire, depuis des années, il m’a paru que, parmi tous les soucis qui assaillent ou notre président ou notre secrétaire perpétuel, celui de trouver l’annuel rapporteur était un des plus inquiétants. Et, lorsqu'on le voit, après ns séances, s’approcher de l’un de nos confrères, s’entretenir avec lui d’une allure persuasive, nous pensons, malgré une défense discrète, voilà celui qui sera chargé de présenter le tableau des mérites qui nous ont été signalés au cours de l’année. Nul d’entre nous pourtant ne saurait se soustraire à une obligation que fortifie une pratique déjà ancienne. Pourquui cette réserve? 11 ne faut pas l’attribuer à la paresse, ce serait nous calomnier, mais plutôt à ce que nous nous sentons inférieurs à cette lourde et difficile tâche d'honorer ceux qui souffrent sans murmure, se dévouent en silence, luttent courageusement contre les dures nécessités de l’exis-
Sénix VI, t, xx1x, 1032 C