STANISLAS DE GUAITA LXY
le désespoir du petit collégien :
qui pleure doucement pour n’éveiller personne dans le dortoir obscur...
qui pleure et qui gémit tout bas,
car « maman n'est plus la! »..…..
I] chante la plainte des fleurs que l’on cueille et qui doivent exhaler leur parfum dans les fêtes de ceux qui n’ont pas senti palpiter « une âme, au sein de chaque feuille » .
Mais où s'exprime avec une puissance d’une émouvante grandeur la compassion de Stanislas de Guaita pour les êtres qui souffrent, c’est dans sa méditation sur la douleur de la Vierge Mère
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Le cœur plus en lambeaux qu’au soir du Golgotha, Se courbant devant Dieu comme une frêle plante, Quand le troisième jour, Jésus ressuscita.
et voici quelques strophes de ce poème, le plus beau peutêtre qui, dans notre langue, ait exprimé la douleur d’une mère qui a perdu son enfant :
Puisque c'était, mon Dieu, ta sainte volonté Que le cruel instinct de la plèbe hagarde Clouât au vil poteau le Christ ensanglanté,
Pourquoi, ne m’as-tu pas ravi mon cœur de mère?
Dans le sublime orgueil d’avoir porté mon Dieu berçant le souvenir de ss perte éphémère,
J’eusse marché, sans pleurs, parmi le peuple hébreu. Mais, je n’ai pu noyer mon désespoir de mère
dans le sublime orgueil d’avoir porté mon Dieu!
O Christ tout rayonnant de ta gloire éternelle, Je pourrai t’adorer et te parler encore;
Tu viendras éblouir ma chétive prunelle, auréolé d’argent, d’azur, de pourpre et d’or, ruisselant des rayons de ta gloire éternelle;
Sénix VI, t. xx1x, 1932 E
LXNVI SÉANCE PUBLIQUE DU 26 Mai 1932
Mais ce n’est point ainsi que moi je t'ai connu : Ah! les temps fortunés où, dans la pauvre étable, Tu sommeillais, riant, rose, débile et nu!
Je te reverrai grand, auguste et redoutable... Mais ce n’est point ainsi que moi je t’ai connu:
Dans le linceul neigeux du marbre, ensevelie, Ta dépouille restait — fidèle à ma douleur; je pouvais incliner ma figure pâlie
Sur ta chair lacérée, à mon fils! à Seigneur !.….
Mais tu t’es envolé dans la splendeur des cieux : Ton pauvre corps meurtri ne me reste plus même, Je ne puis même plus sangloter sur ta tombe, puisqu'elle est vide, Ô Dieu que j’ai cru mon enfant! Jésus, pardonne au cœur maternel, qui succombe,
de se désespérer, quand ta loi le défend...
Je ne puis même plus sangloter sur ta tombe.
Mater dolorosa. (La Muse noire, page 65).
Dans quelques poèmes, cette compassion aux souffrances s’allie avec la hantise de l’au-delà, l’au-delà de ce monde sensible dont il semble à Guaita que les apparences matérielles sont les parois d’une prison. Cette préoccupation l’avait porté très jeune vers l'étude de la chimie dans l'espoir d’arracher à la matière le secret de sa substance.
Mais en même temps qu'il cherchait par la science à pénétrer le mystère des choses, il demeurait angoissé par le sentiment de la vanité des efforts de l’homme, car tout ce qui est humain — et les connaissances de l’esprit ne sont que de l'humain — est destiné à périr.
Il avait vingt-deux ans, lorsque le 27 février 1884, i écrivait à sa mère : « C’est pour moi une angoisse indicible et jamais émoussée (elle est toujours aussi intens depuis tantôt deux ans qu'elle me mord); c’est pour moi une angoisse étrange de penser qu’une œuvre absolumen! belle est destinée à périr sans rémission : d’abord parte