‹ Mémoires de l’Académie de StanislasChapitre 61 sur 114 · LE GÉNÉRAL BARON DE VINCENT LXXVII · texte numérisé non relu

LE GÉNÉRAL BARON DE VINCENT LXXVII

I] ne rever.a Nancy qu’à de longs intervalles, dans la période artive de ‘a vie, pour fermer les yeux de son

père en 1776, puis pour quelques rares séjours, consa- ” crés à des soins de famille, ou à sa terre de Bioncourt, aux bords de la Seille. Il passera vingt et un ans dans ce régiment qui s’appellera successivement Saintignon, Arberg, puis la Tour, enfin Vincent, quand il en deviendra lui-même colonel-propriétaire en 1806. Il sera un officier sérieux, appliqué, plus adonné à ses devoirs militaires qu'aux plaisirs du monde, sans cependant les dédaigner. J1 nouera, dans la haute société belge, de précieuses relations, il y épousera Charlotte, comtesse de Rodoan, chanoinesse du chapitre de Mons, nièce de la princesse de Gâvre, grande-maîtresse de la maison de l’ar. hiduchesse Marie-Christine, gouvernante des Pays-Bas. I] pensera alor; à un avenir où le service des Pays-Bas lui permettrait de conserver un pied en Lorraine, comme possesseur d’un fief dont il aimait la terre.

Cependant en 1788, à la suite d’un différend avec le comte d’Arbe-g, son général, il donnera sa démission et viendra s'installer à Bioncourt, résolu, croyait-il. à mener . désormais la vie d’un gentilhomme terrien. Sa femme 8e rendra à Nancy pour donner le jour à un fils, et lui s’adonnera avec passion à la vie rurale, mettant la main aux travaux de la campagne, se livrant à l’élevage et aux plantations. Mais il était écrit que sa des inée ne serait pas celle du soldat laboureur. L'heure de 1789 a sonné, et cette année de bonheur intime est déjà traverste par les grondements de l’orage révolutionnaire.

Vincent prend part aux assemblées de la noblesse à Nancy, aux élections pour le bailliage de Château-Salins, comme possesseur de la baronnie de Bioncourt. Son bon sens lorrain le tiendra éloigné de la perturbation générale des esprits, des paroles d’énergumène du comte de Custine, des ardeurs du chevalier de Boufflers. Il lui semblera que tout le monde a la tête tournée. Persuadé que les réformes nécessaires doivent être opérées dans l’ordre, dirigées par le roi, et non à la faveur de l’incohérence et du tumuilte, il s’émeut au bruit du pillage et de l’incendie des châteaux. Alors désespérant de l’inertie du pouvoir,

LXXVIII SÉANCE PUBLIQUE DU 26 Mar 1932

il propose aux gentilshommes ses voisins de s'armer avec leurs gens pour la défense commune, au besoin pour exercer des représailles. Personne n’osera le suivre. Voyant cela, sa compagne dévouée écrira, à son insu, à l’empereur Joseph IT, et obtiendra du souverain sa réintégration dans son régiment.

Mais voici 1792. La France a déclaré la guerre à l’Autriche, et les troupes wallonnes vont donner et recevoir les premiers coups. À sa femme, demeurée à Bioncourt avec ses enfants en bas âge, Vincent a dit adieu. Elle s'est dévouée pour sauver le domaine, elle devait y mourir à la peine en 1797, il ne la reverra plus en ce monde! Partout il se distinguera avec son escadron de la Tour, devant Lille en 1792, au premier combat d’Altenhoven, à Nerwinde en 1793. C’est au début de 1794 que son avenir va se décider.

L'empereur François IT est arrivé en Flandre : on doit adjoindre à son état-major quelques nouveaux aides de camp. Le capitaine de Vincent est chaudement recommandé pour ce service par 8on général, le comte Baillet de la Tour, et le voilà nommé aide de camp de l’Empereur, et major au corps de l'état-major général. Il paie de sa per onne à Wattignies, à Fleurus, et pendant la retraite de 1794, sous Clerfayt. Il prend la part la plus active aux campagnes de 1795, 1796, 1797, sur le Rhin et en Italie. Attaché successivement à trois commandants généraux, Clerfayt, Wurmser et Alvinzi, 1l recoit d’incessantes missions qui le mettront en vue, missions difficiles, délicates, périlleuses, mais de quel intérêt! Le grade de lieutenant-colonel est conquis dès 1796.

C’est Vincent qui est chargé des rapports de Wurmser avec l’armée de Condé, avec ce prince et avec Pichegru. C’est lui que Wurmser, avant de se laisser bloquer dans Mantoue, envoie au chancelier Thugut et au Grand Conseil de guerre à Vienne, pour exposer la situation et demander des secours. C’est lui encore qui aide Alvinzi, vieux et goutteux, dans la tâche écrasante de former à Goritz une nouvelle armée pour secourir Mantoue. C’est lui toujours qu'après le désastre de Rivoli, l'Archiduc

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