LE GÉNÉRAL BARON DE VINCENT LXXXI
Parmi la délégation autrichienne, se trouvait le comte de Neipperg, lieutenant-colonel aux uhlans de Schwartzenberg. Chargé par son chef du rapport officiel sur l’entrevue, Neipperg le fit précéder d’une lettre, datée de Trévise, le 26 juin 1805, où il conte ses impressions-au général de Vincent : « Je répéterai avec bien d’autres, écrit-il, que ce qui, pour moi, distingue éminemment Bonaparte, c'est une superbe volonté qui saisit tout, règle tout, fixe tout, qui s'étend ou s’arrête à propos, et c'est là la première qualité pour gouverner un grand empire. On finit par considérer, comme le font les Français, cette volonté comme un ordre de la nature, et toutes les oppositions cessent. On pourrait lui appliquer les vers suivants :
Par quels destins, faut-il, par quelle étrange loi Qu’aux princes qui sont nés pour porter la Couronne, Ce soit l’usurpateur qui donne L'exemple des vertus que doit avoir un roi! »
Quelle singulière destinée l’avenir réservait à ces deux personnages en présence ces jours-là, pour la première fois !
Le comte de Neipperg, plus tard époux morganatique de Marie-Louise, veuve de Napoléon, dont il fut l’ennemi acharné, se souvenait-1l de cette lettre et de son admiration première ?
Le regret cuisant de la riche Lombardie perdue l'avait emporté à Vienne sur la prudence. L’archiduc Charles s’avançait vers l’Adige pour la reprendre aux troupes de Masséna. Après la bataille de Caldicro, l’archiduc commence une longue retraite à travers la Vénétie, le Frioul et les Alpes Juliennes, passage dangereux. Il a confié le commandement de son arrière-garde à un homme sür, le général de Vincent. Pendant plus de deux mois, Vincent manœuvre, recule pied à peid, et finit, grâce à son énergie, par permettre au gros de l’armée autrichienne de se retirer en Hongrie. Puis, au lendemain d’Austerlitz, l'armistice est étendu à l’armée d’ltalie : il s’agit d’établir la ligne de démarcation entre les deux armées. Mas-
SEénIR VI, ©. XXIX, 193 F