LXXXII SÉANCE PUBLIQUE DU 26 MAI
séna pressé par Napoléon, qui veut isoler Venise, tend à pousser ses lignes toujours plus avant. C’est encore Vincent que l’archiduc envoie à Laybach, pour traiter avec le maréchal.
Masséna accueille le général avec courtoisie, et lui déclare qu’il n’aura pas, pendant son séjour, d’autre table que la sienne. Parfois, les pourparlers sont difficiles avec le vainqueur. Vincent obtient cependant, avec sa ténacité coutumière, et un parfait à-propos, des atermoiements à la marche en avant, finalement des concessions, et un arrêt devant les défenses extérieures de Venise. On se quitte après un dernier repas, empreint de cordialité. Masséna invite Vincent à venir le voir bientôt à Paris, et à son château de Rueil, et puis 1l demande du punch, et se tournant vers ses généraux : « IL faut, Messieurs, dit-il, griser ce général autrichien avec tout son sang-froid. » — Nous bûmes en effet beaucoup de punch, note le baron de Vincent dans ses Souvenirs, mais je ne me grisai pas. — On se battait bien à cette époque, mais on s’estimait, et la haine était absente.
Après la paix de Presbourg, il fallut à Paris un diplomate qualifié pour régler avec Talleyrand certains litiges résultant de l'exécution du traité : ce fut un militaire, le général de Vincent. Bien connu de Napoléon et de son ministre, il trouva auprès de ce dernier un accueil bienveillant, dont il devait bénéficier au cours d’une mission de six mois : « L'Empereur vous connaît et vous apprécie, lui dit Talleyrand, à sa première audience, vous avez l'estime de l’armée française. »
Napoléon reçut le général, un matin, aux Tuileries, seul, debout près d’une fenêtre, l’épée au côté, le chapeau sous le bras : « Soyez le bienvenu à Paris, Monsieur le baron de Vincent, dit l'Empereur en l’apercevant. Lorsque je vous vis en dernier lieu à Vérone, ne partitesvous pas ensuite pour Vienne? » — Il est de notoriété et de fait, Sire, répartit le général, que je n’ai quitté l'Italie qu’à la suite des événements de la guerre. — On me l’avait assuré, reprit l'Empereur, mais je suis, comme un autre, exposé aux faux bruits. Il y a eu quelques malentendus entre nous, quant au passage de mes troupes en Dal-