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LE GÉNÉRAL BARON DE. VINCENT LXXXIII

matie; cela est arrangé, j’en suis fort aise, sans quoi je ne vous aurais pas reçu. Je vous ferais la guerre, si vous me refusiez ce passage, j'en ai besoin pour secourir les Turcs, que vous laissez à la merci de la Russie. Vous auriez pu jouer un grand rôle, et obliger l'Angleterre à faire la paix; vous ne l’avez pas voulu. Si en 1797, on n’avait pas laissé à l'Autriche un pied en Italie, nous serions restés en paix. À propos, on dit que la Maison de Lorraine regarde toujours du côté de son ancien patrimoine et de l’Alsace! — Ces idées, répondit le général, pouvaient convenir à Charles IV dépossédé, qui n’avait plus que son armée. Ce n’est pas lorsque, sous la domination de Votre Majesté, l’ordre est rétabli en France, avec un nouvel état de choses, qu'on peut se livrer à ces chimères. — L'Empereur se mit à rire et fit l'éloge du caractère guerrier du Duc de Lorraine. De longues considérations suivirent sur la politique européenne. |

M. de Vincent a noté, de la façon la plus expressive, sa vie fiévreuse à Paris, de mars à septembre 1806, au milieu des tractations de toutes sortes, au milieu des fêtes, des spectacles à la Cour, des réceptions chez les princes et princesses, chez Talleyrand surtout, chez les ambassadeurs, chez les maréchaux. Le temps qu’il peut dérober à ses conversations diplomatiques, à ses rapports, écrits plutôt la nuit que le jour, il le donne à des amis qu'il a à Paris, surtout à ses enfants, dont les longues guerres l’ont séparé, pendant tant d'années, et qu'il a appelés auprès de lui. Ayant enfin, au bout de six mois, remis l’ambassade au comte de Metternich, le futur chancelier, il quitte Paris, après avoir recu de l’empereur Napoléon, des présents de grande valeur, qui ont été conservés par ses descendants. |

Au mois d'octobre survient la guerre avec la Prusse. L’Autriche observe une neutralité armée, et M. de Vincent, à peine de retour, est envoyé à Prague pour surveiller les événements. Il a laissé une relation curieuse et dramatique de la bataille d’'Iéna, que lui a communiquée, au bout de huit jours, le chevalier de Gentz, d’après les récits de témoins oculaires, généraux et officiers prus-

LXXXIV SÉANCE PUBLIQUE DU 26 Mar 1932

siens en déroute, encore tout étourdis de ce désastre sans précédent.

Nous voici bientôt en 1808. Vienne suit avec passion les péripéties de la guerre d’Espagne, où Napoléon est engagé. A la Cour, un parti rêve de revanche, et l’Angleterre fait luire son or. Mais l'Empereur et l’archiduc Charles sont encore hésitants. Cependant M. de Vincent obtient de l’archiduc un congé de six mois, pour aller en France, surtout à Nancy, où sont ses enfants, et pour

revoir Bioncourt, son domaine longtemps délaissé. Le

journal de son séjour dans notre ville est intéressant pour l’histoire du vieux Nancy, par les relations intellectuelles, artistiques et mondaines qu'il y entretint, par les noms des familles qui l’habitaient alors, par les personnages qu’il mentionne, comme en formant l'élite.

Mais l’entrevue d’Erfurth est proche. François II qui n’y est pas convié, voudrait savoir à quoi s’en tenir quant aux projets de Napoléon et d'Alexandre. Menacé par Napoléon, risque-t-il d’être pris entre deux feux? Le chancelier Stadion, ami personnel de Vincent, le rappelle en hâte de Nancy, pour lui confier cette mission ingrate entre toutes. Nommé, à son retour, lieutenantgénéral, le voilà bientôt au milieu du parterre de rois, reçu froidement, même avec colère par Napoléon. L’empereur de Russie, présent à la scène, la contemple avec sérénité. Il a, lui, des arrière-pensées, parce qu’il n’a pas d'intérêt à écraser l’Autriche, et la présence de Vincent lui fait espérer, malgré tout, une détente.

Heureusement pour l’ambassadeur, il a rencontré là Talleyrand, ennemi de l'alliance russe, qu'il juge décevante et peu sûre. Le prince de Bénévent lui ménage aussitôt une audience du Tzar, et une entrevue avec son ministre Romanzof, et bien que des mesures aient été prises, pour tenir le représentant de l’Autriche en dehors de toutes les conversations politiques, 1l a obtenu l’assurance d’une neutralité bienveillante de la Russie.

Napoléon ne se départit à aucun moment de sa sécheresse à l’égard de M. de Vincent, tandis que les maréchaux et les dignitaires français, tout comme les étrangers, se montrèrent envers lui d’une politesse empressée. Il fut

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