LE GÉNÉRAL BARON DE VINCENT LXXXV
de toutes les fêtes données à Erfurth. Napoléon le reçut, le 14 octobre, en audience de congé, poli, mais le chargeant d’avertissements peu voilés, pour le cabinet de Vienne. « Il passa auparavant chez moi, a dit Talleyrand, et je pus lui dire combien il avait sujet d’être content de tout le monde, et de l'Empereur de Russie en particulier. Son visage était aussi épanoui qu’il peut l'être. En me disant adieu, il y eut de sa part un serrement de matns affectueux et reconnaissant. »
Talleyrand avait déterminé Alexandre à rassurer l’Autriche, mais aussi, comme le Tzar, il lui conseillait la paix, et peut-être, sans l’Angleterre, la guerre de 1809 eût pu être évitée. Le 20 octobre, à Presbourg, le général rendit compte de sa mission à l'Empereur François et au comte de Stadien, et l’archiduc Charles lui conféra le commandement de la division de Vienne.
L'ambassadeur français Andréossy n'avait cessé de représenter à Napoléon, M. de Vincent comme un inspirateur du chancelier, poussant celui-ci à la guerre. Or, le général demandait seulement qu’on se mît en état de Ia soutenir, si la politique étouffante de Napoléon y acculait l'Autriche, pour la faire déchoir de son rang de grande puissance. Ici la nuance est importante. C’est le vieil adage romain qui inspirait cet homme de sens froid et mesuré, c’est le si vis pacem, para bellum, maxime éternelle, que d’autres ont méconnue trop souvent, pour le plus grand péril de leur pays.
La guerre éclata l’année suivante. L’Autriche, voyant Napoléon obligé de diviser ses forces, crut le moment favorable, et courut à de nouveaux désastres. Cependant la fortune sembla un instant indécise, après Aspern et Essling. Le général de Vincent, jugeant la bataille de Wagram, rapporte que, pendant la mêlée, après une charge où il avait perdu son cheval, 1l se trouva tout à coup. à pied, en présence de l’archiduc Charles, et le supplia d’ordonner un mouvement qui devait lui assurer la victoire : « Monseigneur, la journée est à vous! Voyez et à fond! — Je vois, dit le prince. » Mais l’ordre fut-il donné, ne le fut-il pas? Le moment passa et le destin s’accomplit.