AUX EAUX DE SPA EN
Par M. Émile DUVERNOY
MEMBRE TITULALRE
Celui que le grand Frédéric appelait « Sa Majesté le hasard » réserve quelquefois des surprises agréables aux chercheurs. Il y a quelques années, étant encore archiviste de Meurthe-et-Moselle, je visitais les archives du Tribunal de commerce de Nancy reléguées, comme de raison, dans un grenier et amplement couvertes de poussière. Il s'agissait d'en retirer les documents antérieurs à la Révolution qui, par suite d’une entente entre les ministères de la Justice et de l'Instruction publique, devaient être déposés aux Archives départementales où ils pourraient servir à des travaux d'histoire économique. Au milieu de vros registres de commerce du temps de Stanislas, je remarquai un assez mince cahier d’une écriture plus ancienne qu'il fut aisé d'identifier : c'était le compte des dépenses faites par le due de Lorraine Charles III, sa suite et les personnes qui mangeaient à sa table pendant une partie du mois d'août 1590. Comment ce document s'était-il égaré dans les archives du Fribunal de commerce où sa place n’était pas, c'est ce que je renonce à expliquer. L'essentiel est qu'il en soit sorti et ait rejoint au dépôt départemental les autres prières de comptabilité de la même époque.
Par malheur ce cahier est incomplet. Il ne compte plus que 66 feuillets et s'étend du 9 au 3! août 1590; on y
h LE DUC CHARLES II] AUX EAUX DE SPA
voit même les dernières dépenses du 8 août. Le cahier primitif devait s’étendre à tout le mois d’août, peut-être même à tout le trimestre. Il se distingue par deux traits des registres qui contiennent les recettes et les dépenses du petit État lorrain à cette même date : il n’est pas folioté, tandis que ceux-ci sont foliotés avec soin en chiffres romains, il est de plus petit format (1).
Une autre particularité est qu’on lit sur nombre de feuillets une signature : P. pe NuEnuEM. Ce personnage, dont nous n’avons pu trouver le prénom, était à la fois chambellan et maître d'hôtel de Charles III. Ce duc dont la maison était assez nombreuse avait un grand maître d'hôtel et quatre maitres d'hôtel ordinaires servant sans doute par quartiers, c’est-à-dire par trimestres. Le grand maitre d’hôtel était le chef des finances particulières du prince et aucun mandement relatif aux dépenses de la maison ducale ne pouvait être payé sans son visa (2). Nous voyons ailleurs (3) que M. de Nuenhem était Île chambellan de service pour le quartier de juillet-sep-
tembre. Il est probable que son service de maitre d’hôtel
avait lieu pendant ces mêmes mois. Dès lors, il est tres naturel que le due l’ait emmené avec lui pour administrer sa maison pendant le vovage qu'il fit alors. Nuenhem
recevait à l’occasion d’autres missions plus importantes :
en cette même année 1500, il est envoyé avec le Dr Glesse — un spécialiste des affaires allemandes — à Saint-Dié, auprès du margrave de Bade, pour traiter de la paie et
du licenciement du régiment de lansquenets que ce mar-
grave avait fourni à Charles III; puis il va auprès du cardinal d'Autriche discuter le paiement des vivres que ce prélat a procurés l’année précédente à l’armée lorraine opérant en Alsace (4).
(1) En 1590, le registre du trésorier général des Finances, B 1224, mesure 37 sur 23 centimètres, le registre du trésorier des guerres, B 1225, 40 sur 26. Le cahier provenant du Tribunal de commerce n’a que 33 sur 23 centimètres. (C'est donc un compte indépendant, et non un cahier arrache d'un de ces gros registres.
(2) Mém, de la Soc. & Archéol. lorr., 1869, p, 352-355,
(3) Arch. M.-et-M., B 1217, fol. 219 vo,
() Zbid, B 1225, fol. 253, 285 vo.