LE DUC CHARLES III AUX EAUX DF SPA
Le document que nous décrivons offre un double intérêt : en premier lieu, 1l nous fait connaître l’organisation et la comptabilité de la maison ducale, avec le prix des
denrées exprimé en livres et en sous quand le duc est:
hors de ses États, en francs barrois et en gros, c’est-à-dire en monnaie officielle lorraine, quand il y est rentré. Pour chaque jour est consignée la dépense de panneterie, d’échansonnerie, de cuisine, de fruiterte, d’écurie, de fourrière. Et il n’y a pas d’autre compte de la maison ducale pour cette portion du règne de Charles III, ce qui acroit la valeur de celui-e1.
En second lieu, nous trouvons dans ce compte les traces d’un voyage que le duc fit en ce mois d'août 1590 aux eaux de Spa, près de Liége. Ces eaux ferrugineuses, sulfurées, acidulées étaient en renom depuis longtemps. C’est d'elles sans doute qu'il s’agit quand Pline l'Ancien signale, au pays de Tongres, une fontaine ferrugineuse qui guérit la fièvre et les calculs (1). Au xvie siècle, elles avaient une très grande vogue et des personnages importants y vinrent, par exemple Marguerite de Valois, la première femme d'Henri IV; mais elle n’y était pas en 1590 et ne put y retrouver son beau-frère, Charles II, étant alors enfermée au château d’Usson en Auvergne.
D'autre part la pathologie du duc Charles IIT nous est bien connue, grâce surtout au bel ouvrage de notre confrère, le docteur Donnadieu sur L'hérédité dans la maison ducale de Lorraine-Vaudémont (2). Celui-ci n’a-t-il pas quelque peu exagéré les miséres du prince, le présentant comme une sorte de dégénéré? Pendant la plus grande partie de son règne, Charles ITT a mené une vie fort artive, incompatible avec tous les maux qu’on lui attribue. Il a fait de nombreux, longs et fatigants voyages, dont nous essayerons un jour de dresser la liste. A plusieurs reprises, il a commandé son armée en personne, ce qui suppose une sérieuse résistance physique. En 1587, quand ses
(1) + Tungri, civitas Galliae, fontem habet insignem, plurimis bullis
Stellantem, ferruginei saporis… Purgat hic corpora, tertianas febres discutit, calculorumque vitia, » (Prine, Hist naturelle, 1 NX XXI, chap. 8.)
(2) Paris, Berger-Levrault, 1922, in-4 jllusiré. °< +