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QUELQUES LETTRES DE L'ABBÉ ET DE L'ÉVÊQUE CONSTITUTIONNEL

Par M« JÉROME

MEMBRE TITULAIRE

Disposant d’un certain nombre de lettres de Grégoire, nous nous réservions de les utiliser pour une étude sur quelques épisodes de l’histoire religieuse de la Révolution en Lorraine 1 . Puisque l’occasion nous en est offerte par la manifestation dont vient d’être l’objet le centenaire de celui qui est resté dans l’histoire « l'abbé Grégoire »,

(1) Quatre de ces lettres, celles de 1789, font partie d'un recueil de la bibliothèque du grand séminaire de Nancy (n° 218 du catalogue Vacant). Celles de la deuxième série appartiennent aux archives de l'évêché. De ces dernières, l’une est connue déjà par les Mémoires de Grégoire, éd. H. Carnot, t. II, Paris, 1837, p. 103 et suiv. Grégoire la donne d’après la minute qu'il avait sans doute conservée. L'abbé GUILLAUME la reproduit aussi, Histoire du diocèse de Toul et de celui de Nancy, t. V, Nancy, 1867, p. 264. On trouve également dans ce dernier ouvrage, p. 269, un assez long extrait d’une autre lettre. Voir encore MaGcioLo, La vie et les œuvres de l'abbé Grégoire, 3° partie, dans Mém. Acad. Stanislas, 1884, p. 59-60. Mais en raison de l'intérêt que présentent l'une et l'autre de ces deux lettres, il nous à paru bon de leur faire place dans cette publication d'ensemble.

nous n'en retarderons pas la publication. Aussi bien la lecture pourra n’en être pas sans intérêt. Si ces lettres ne doivent ajouter que peu de chose à ce que nous savons du curé d'Emberménil et de l’évêque constitutionnel de Loir-et-Cher, elles projetteront du moins quelque lumière sur plus d’un trait de cette physionomie singulière, de cette psychologie complexe, de cette vie toujours si passionnément discutée.

Ces lettres se répartissent en deux séries.

Première série.

Les lettres de la première série sont antérieures à la Révolution, ou plutôt elles datent des premières années de la période révolutionnaire. Grégoire est encore cure d'Emberménil, bientôt député du clergé aux États généraux. Îl se prépare au rôle, très actif et de premier plan. qu'il ne tardera pas à jouer.

Ces lettres, au nombre de quatre, sont adressées à l’un de ses confrères du clergé lorrain, Charles-Louis Guilbert. alors curé de Saint-Sébastien de Nancy (1). Guilbert avait pris une part très importante, souvent décisive, dans les derniers mois de 1788 et au début de l’année 1781, aux discussions ardentes que suscitaient les graves questions posées dès lors devant l’opinion : convocation et réunion des assemblées provinciales, préparation des élections aux États généraux, rédaction des cahiers, etc.

(1) Sur Guilbert (1729-1813), ses relations avec Grégoire, et d'une façon générale sur les événements de 1789 et les préliminaires de Révolution à Nancy, surtout dans l’ordre du clergé, nous nous permettons de renvoyer à notre ouvrage : Les élections et les cahiers du clergé lorrain aux États généraux de 1789, Paris-Nancy, 1899. (tirage à part des Annales de l'Est). Voir aussi Chr. PFriSTER, Les élections aur États généraux et le cahier de la ville de Nancy, Nancy, 1910 (Extrait des Mém. Soc. arch. lorr.) et G. ConsTANTIN, La campagne électorale du clergé dans le bailliage de Nancy en 1789, dans Annales historiques

de la Révolution française, année 1927, p. 254-266 et AMfer de la Fare aux États généraux de 1789, mème revue, 1928, p. 22-33.

C'est de ces questions, de ces problèmes dont il se préoccupe aussi très vivement, que le curé d'Emberménil entretient le curé de Saint-Sébastien.

La première lettre n’est pas datée. Il apparaît cependant de façon certaine qu’elle fut écrite dans les derniers jours de janvier 1789 ou au début de février. Une assemblée générale des trois ordres venait de se tenir, du 20 au 25 janvier, à l'Hôtel de Ville de Nancy. C’est à ce qui s'y était passé que fait allusion la lettre de Grégoire, écrite de Nancy même, un mercredi soir — 28 janvier sans doute ou 4 février — avant son retour à Emberménil (1).

Du mercredi soir (2),

Monsieur et cher confrère,

Deux fois aujourd’hui, je suis allé chez vous sans avoir l'avantage de vous trouver; je vais confier au papier ce que j'aurais eu l’honneur de vous dire.

Hier avec M. Duquesnoy (3), je suis allé chez Haener (4), j'ai vu les épreuves du procès-verbal de notre assemblée (5). L’article qui annonce le vœu du clergé relatif aux impôts, parle

(1) L’abbé Grégoire était descendu à l'Hôtel des Trois Maures, rue du Pont-Mouja actuelle.

(2) Ainsi qu’il est généralement d'usage pour les textes de cette époque, nous reproduisons ces lettres avec l’orthographe et la ponctuation d'aujourd'hui.

(3) Adrien-Cyprien Duquesnoy (1759-1808), avocat à Briey, un des syndics de l’Assemblée provinciale de Lorraine et Barrois, qui allait être élu député aux États généraux par le Tiers État de Briey. Plus tard, directeur des postes à Nancy (1791), élu maire de cette ville le 17 février 1792; après le 18 brumaire, chef de bureau au ministère de l’Intérieur à Paris et maire du 10° arrondissement. Auteur d’un Journal sur l’Assemblée constituante qui a été publié par R. de Crèvecœur pour la Société d'histoire contemporaine, Paris, 1894, 2 vol.

(4) Imprimeur nancéien.

(5) C’est le Procès-verbal de l'Assemblée des trois ordres de Lorraine tenue en l'Hôtel de Ville de Nancy (du 20 au 25 janvier), Nancy, s. d., Haener, 32 p. in-4.

or MR. ER RE

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