‹ Mémoires de l’Académie de StanislasChapitre 99 sur 114 · GUILBERT · texte numérisé non relu

GUILBERT

C’est aux lettres que nous venons de faire connaître que se borne la correspondance échangée, du 6 avril 1789 au 10 novembre 1790, entre Grégoire et Guilbert. Mais en même temps qu’il écrivait ainsi, de loin en loin, au curé d’Emberménil, Guilbert entretenait des relations épistolaires beaucoup plus suivies avec le député Verdet, curé de Vintrange (3). Il était naturel que dans cette cor-

(1) Nouvelle lettre d’un curé à ses confrères députés aux États généraur, S. d., 28 pages in-8. Voir plus haut. — Mémoire sur la dotation des curés en fonds territoriaux, lu à la séance du 11 avril 1790. 1 790, 33 pages in-8. — Mémoire en faveur des gens de couleur ou sang-mélés de Saint-Domingue et des autres isles françoises de l’ Amérique, adressé à l’Assemblée nationale. Paris, Belin, 1789, 52 pages in-8. — Lettre aux philantropes sur les malheurs, les droits et les réclamations des gens de couleur de Saint-Domingue et des autres iles françoises de l'Amérique, octobre 1740, 21 pages in-8.

(2) Guilbert reprend ici l’énumération et les divisions de Grégoire.

(3) Voir plus haut, p. 63, note 1. C’est de ce recueil que sont tirés les extraits de lettres qui vont suivre.

respondance le nom de -l’abbé Grégoire revint souvent. Nous voudrions, pour compléter cette étude, noter les jugements portés par l’un et par l’autre, à l’occasion, sur leur ancien confrère, et suivre, dans les réflexions qu'ils échangent, la courbe, si j'ose dire, de leurs impressions successives. Grégoire leur inspire d’abord à tous deux, une réelle sympathie, une entière confiance. Son attitude, ses actes, ses décisions, ses votes, ne tardent pas cependant à les déconcerter. Insensiblement, confiance et sympathie font place à de l’étonnement, à de l'inquiétude, à des réserves, à des regrets, bientôt à la désapprobation formelle et au blâme.

De cette correspondance, où Grégoire est jugé par deux de ses contemporains qui le connaissaient bien, nous extrairons, sans commentaire, quelques passages caractéristiques.

Dès le 28 mai 1789 — les députés sont encore à Versailles — Verdet écrivait à Guilbert : « Pour M. le curé d'Emberménil, il s’est distingué par son zèle à soutenir l’ardeur des pétitions du tiers qui nous pressait de se réunir à lui, indépendamment de la noblesse et contre le gré de nos prélats. Le nôtre [ M:r de la Fare] l’estime tou- - jours, quoiqu'il n’approuve pas sa facon de penser non plus que la plupart d'entre nous... »

Et l’impression s’accentue. Le 23 juin suivant, le même Verdet écrit — il ne nomme pas Grégoire, mais il est évident que c’est de lui qu'il s'agit — : « Quant à ce que vous me dites de ce curé dont vous me parlez dans votre dernière lettre, [ce] n’est que trop vrai. Il s’est jeté à corps perdu dans le parti du tiers et il est devenu un des chefs du parti que l’on nomme démocrate... Votre aimable évêque souffre de ces incartades... »

Et de son côté Guilbert écrit à Verdet le 19 juillet : « Je suis vraiment touché de ce que vous me mandez de la motion du curé d’'Embherménil. Je eraignaus sa vivacité et il m'avait promis d’être circonspect. J'avais prévenu M. l’évêque et quelques co-députés ainsi que vous : ce jeune homme a le ca:ur excellent, il est capable de grandes choses, mais il a encore besoin d’un mentor, et 1l me parait qu’il n’en a point d’autre que son enthou-

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siasme patriotique. Je désire que ce qui lui est arrivé de voter seul de son opinion et l'observation du président le tempèrent pour l’avenir. » Grégoire venait de faire à l'assemblée, quelques jours auparavant, le 10 juillet, une motion très vive, proposant la créalion d’un comité pour « dénoncer tous les ministres coupables, les machinations de la cour, tous les conseillers perfides du Roi». Cette motion avait étonné, écrivait Verdet le 13 juillet, « au point que le président — c'était l'archevêque de Vienne — choqué de son exagération, avait remarqué hautement qu'aucun laïc n’avait aussi violemment conclu que cet opinant, seul ecclésiastique qui ait élevé la voix dans cette orageuse séance, car 1l n’avait voté rien moins qu'à dévouer à l’exécration publique et d’avance les nouveaux ministres qui avaient osé conseiller le retour des anciens ».

Le 31 août, c’est Guilbert qui écrit : « Son brûlant génie — il s’agit toujours de Grégoire — ne lui laisse pas le temps d’entretenir une correspondance suivie avec des gens trop en dessous de son mérite pour lui fournir une bonne réflexion. Je suis assez décidé de ne plus l’arrêter dans sa course et je désire de tout mon cœur qu’il arrive au but, couvert de toutes les couronnes, civiques et autres... » Et encore le 23 août 1790 : « M. d’'Emberménil a écrit à ses commettants, à l’occasion des émigrations, d’assez bonnes choses qu'il a corrompues en assurant qu'il sacrifiait son temps, sa santé, sa fortune pour eux, et ils savent que sa fortune s’accroit, que sa santé très florissante gagne encore à des occupations de goût. Faisons le bien si nous pouvons et laissons-le dire aux autres dès qu’on ne nous demande pas d’apologie…. » Et Verdet, le 28 octobre 1790 : « L'abbé Grégoire est toujours émerveillé pour la liberté. Il ne pense pas à l'évêché de Versailles, que le bruit public de ce pays-« destinait à l’abbé Gouttes. Vous voyez que dans l’opinion publique il a un concurrent redoutable, apôtre non moins zêlé de la nouvelle Constitution. » À quoi Guilbert répond le 6 novembre : « L’émerveillé Grégoire m'a fait l'amitié de m'envoyer une lettre qu'il a faite aux philanthropes dans laquelle il développe son amour pour la

liberté, même aux dépens de ses amis les clubistes qui n’ont pas adopté son opinion en faveur des hommes de couleur. Il accuse l’assemblée d’injustice, d’inconséquence, d’inbumanité.. Je suis sûr que si le côté droit avait un peu cajolé l’'amour-propre de cette tête ardente, il en aurait tiré parti. Encore une brouillerie, 1] reviendra, ou je me trompe sur son caractère. »

La correspondance se poursuit sur la même note. Le 30 décembre 1790, Guilbert écrit : « Ne perdez pas de vue M. Grégoire. Je pardonne à ce jeune homme les écarts de son génie ardent poussé par l’amour-propre. Je serais vivement peiné qu'il adhérât aux 29. Il serait le seul des curés de notre ci-devant province qui sont ses co-députés.. » Et le 29 janvier suivant, c'est Verdet qui observe : « Il [Grégoire] est absolument entiché de son système. Dieu veuille lui dessiller les yeux, car je le crois de bonne foi dans son erreur. Sa vanité y entre pour quelque chose, car c’est son faible, vous le savez... » I] lui rend toutefois cette justice de le séparer nettement «des ecclésiastiques notés pour les mœurs ou des moines échappés à leurs couvents qui espèrent profiter des dépouilles des pasteurs légitimes » et qui ont prêté le serment demandé pour la constitution civile : « Il y a quelques exceptions, ajoute-t-il — lettre du 12 février — et je mettrais volontiers dans cette classe l'abbé Grégoire, notre compatriote, que je crois seulement aveuglé par une prévention excessive en faveur du nouvel ordre de choses. J’en ai causé quelquefois avec lui, mais je le trouve si prévenu et si profondément embourbé par les démarches que lui a fait faire la démagogie que je crains bien qu'il n’en revienne jamais. La vanité et l'amour-propre sont de terribles obstacles au retour de l'erreur quand on s’est fait gloire de la professer. Malheureusement, je crois que notre abbé en est logé là... » Et encore, le 26 février, après son élection à l’évêché de Blois : « Vous eraignez d’avoir labbé Grégoire pour évêque? Tranquillisez-vous. Il a été élu en un même jour pour Le Mans et Blois et il a opté pour ce dernier siège. Je Jui en ai fait mon compliment de condoléance. Il l’a bien pris dans ce sens et m'a assuré qu'il n'avait pu se défendre de l’accepter.

La vanité est toujours un peu coquette. Un amour désordonné de la gloire perd notre pauvre abbé. Je lui ai témoigné la peine que j'en ressentais.. » À quoi Guilbert répond de son côté, février 1791 : « J’ai toujours eu un vrai chagrin des écarts de M. Grégoire. J’emporterai à l’autre monde une profonde douleur pour avoir contribué à une mission dont 1l s’est rendu si peu digne. »

Dernières citations enfin. Le 23 juillet 1791, d’une lettre de Guilbert : « J’admire la bonté de votre cœur de penser encore à l’abbé Grégoire. Depuis longtemps je gémis de ses égarements, mais je l’ai perdu de vue. Sa malice vaniteuse l’a aveuglé. C’est un homme perdu, à moins que l’âge ou les malheurs, littéraires ou autres, ne lui dessillent les yeux. Il sera toujours outré dans ses opinions. Ce que j'ai pris pour étourderie était violence et fureur de caractère. Votre modération, votre douceur... rien ne le touchera. L’instruction de notre vrai évêque sera méprisée par ce monsieur... » À quoi Verdet répont le 4 août : « Ce n’est plus que le sentiment d’une pitié amicale qui me fait encore penser quelquefois à l'abbé Grégoire. Son aveuglement est sans doute l'effet de sa vanité, si sottement avide de la gloire et de la célébrité, qui, comme je le lui ai dit dans le temps, le fuira d'autant plus qu’il se peinera à sa poursuite. Mais cet aveuglement. l’excuse de l'hypocrisie et de l'esprit d'intérêt qu’on reproche assez généralement à ceux de son parti... »

Ce jugement, très mesuré, de Verdet sur Grégoire, qu'il connaissait bien, est à retenir. Verdet ne partage pas les idées de son collègue. Il ne met en doute ni sa bonne foi, ni sa sincérité, ni son désintéressement, mais 1l déplore ses écarts, ses violences de langage, sa faiblesse de caractère, sa grande vanité.

Deuxième série.

Les lettres de Grégoire qui font l’objet de la seconde partie de la présente publication sont postérieures à l’époque révolutionnaire. Elles sont aussi au nombre de quatre, et datées, deux de 1802, deux de 1813 (1).

La Révolution est arrivée à son terme. Grégoire y a tenu la place et joué le rôle que l’on sait. Choisi le 18 février 1791, comme évêque constitionnel, par les électeurs de la Sarthe et du Loir-et-Cher, il avait opté pour ce dernier département et avait été sacré par Gobel le 18 mars. Envoyé ensuite par les électeurs du Loir-et-Cher comme député à la Convention, en 1792, il avait été l’un des membres Îles plus influents et les plus laborieux de cette assemblée. En même temps, dans l’ordre des choses religieuses, son activité l’avait porté à la tête de la nouvelle église nationale, dont il fut vraiment, pendant ces années, le chef et comme le patriarche. C’est lui qui inspire le journal qui était l’organe de cette église et dont il est un des premiers et des principaux rédacteurs : les Annales de la religion. C’est lui encore qui convoque à Paris, à deux reprises, en 1797 et en 1801, deux assemblées qui prétendent faire figure de conciles nationaux. Par ailleurs, membre du Conseil des Cinq-Cents, il y siège jusqu’au 20 mai 1798. Après le 18 brumaire, il fait partie du Corps législatif dont il occupe pendant quelque temps la présidence. Appelé au Sénat conservateur en décembre 1801, il essaie, mais en vain, de s'opposer à la conclusion du Concordat. Mis en demeure de se démettre de son évêché, il le fait sans résistance, sinon sans amertume. Rentré dès lors à Paris, il continue, tout en s’adonnant à des travaux littéraires, à s'intéresser aux choses de la politique, de la politique religieuse tout particulièrement. I] n’a pas oublié sa province d'origine, dont il suit avec attention les destinées. Plus d’une fois des prêtres — de l’ancien clergé constitutionnel surtout — le

(1) Archives de l'évêché de Nancy. Voir plus haut, p. 55, note 1.

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consultent. On lui demande conseil, appui, on sollicite sa recommandation, et les lettres qui vont suivre nous le montrent intervenant ainsi à diverses reprises dans les affaires religieuses de la Lorraine (1).

De ces lettres, on remarquera le ton amer, quelquefuis agressif, presque menaçant. Le nouveau diocèse de Nancy vient d’être canoniquement érigé. L'ancien évêque, M: de la Fare, fixé à Vienne en Autriche depuis l'émigration, a refusé de donner sa démission de son siège — il ne la donnera que beaucoup plus tard, en 1816 — mais Rome et le Premier Consul ont passé outre, et un nouvel évêque, concordataire, vient d'être nommé à Nancy. 19 germinal an X (9 avril 1802). C'est Mer Antoine- Eustache d'Osmond, l’ancien évêque de Comminges, rentré en France depuis le mois de janvier 1802.

La première lettre de cette seconde série est du 14 prairial an X, (3 juin 1802). Elle est adressée à M. Colin. successeur de Grégoire à la cure d'Emberménil, qui avait réclamé son appui auprès du nouvel évêque (2). Il y est question surtout des satisfactions que l’on exigeait des

(1) Voir, par exemple, aux archives de lévèché de Nancy, un « Mémoire présenté au citoyen Grégoire, évéque du département de Cher et Loire (sic), membre du Sénat conservateur, par Jean-Baptiste MarTix, prêtre administrateur de la paroisse Saint-Laurent de Pont-à- Mousson, département de la Meurthe, et notable national +, 4 pages in-fo. 11 sollivitait la protection de Grégoire auprès de Portalis, conseiller d'État chargé des affaires concernant les cultes, pour être présenté à la cure de Saint-Laurent.

(2) Jean-Joseph Colin, successeur de Grégoire à la cure d'Emberménil depuis 1791. C'était un ancien religieux tiercelin. Nommé évêque constitutionnel de Loir-et-Cher, Grégoire écrivait à ses paroissiens d'Emberménil le 4 août 1791 : « Vous avez ainsi que moi desire le revérend pére Nicolas [c'était le nom de religion de M. Colin}. Les électeurs du district ont secondé nos vues. Je suis charmé que vous passiez sous la conduite de celui qui, me remplaçant depuis mon départ, vous éclairait par ses instructions et vous édifiait par sa conduite... » Mémoires, t. 11, p.128. Né à Saint-Dié le 22 février 1:61, prêtre de 1786, Colin devait rester curé d’'Emberménil après le Concordat, jusqu’en 1836.

prêtres qui avaient prêté le serment à la constitution civile du clergé. Jusqu’à quel point pourraient-ils être admis dans les cadres de la nouvelle organisation ecclésiastique et quels gages leur demanderait-on? Leur imposerait-on une rétractation formelle? Ou pourrait-on, devrait-on se contenter d’une soumission pure et simple au Concordat, sans allusion au passé, sur lequel on ferait silence? Grave problème alors très vivement discuté. Grégoire eût voulu que l’on se contentàät de la simple soumission, sans rétractation.

Liberté, Égalité.

Paris, ce 14 prairia] l'an X de la République. Le sénateur Grégoire, évêque démissionnaire de Blois, au citoyen Colin, curé d’Embermenil.

Cher et estimable curé, je me suis occupé de votre sort avant que vous m'écrivissiez à ce sujet. Je ne connais pas ce M. l'osmond, votre nouvel évêque, mais d’après les dispositions pacifiques qu'on lui attribuait, je lui écrivis dernièrement pour lui parler de vous. de MM. Lepaige, Le Duc, Jacquemin et Jennat (1). Il s'empressa de me répondre par une lettre très honnête, mais cependant depuis cette époque j'ai appris des choses qui démentiraient la bonne opinion qu’on en avait conçue. L’estimable M. André. autrefois gardien des Capucins à Lunéville, curé de Viche (2). et qui est enrore à Paris. a reçu de Saint-Dié, une copie d’une lettre écrite par M. Dosmond à deux fanatiques de Saint-Dié. Thumery et Mathieu (3).

(1) Des prêtres lorrains que Grégoire avait aussi recommandés à Mer d’Osmond. Le dernier, en particulier, Nicolas Jennat — né à Vého en 1756, vicaire resident à Xures en 1782, mort à Lunéville en 1844 — était son ami d'enfance, son condisciple, son compatriote, un peu son parent. Les autres étaient sans doute Nicolas Duc, ou Le Duc, ancien chanoine régulier, curè de Leintrey; Jean-Baptiste Lepaige, curé de Xousse et Jean-Jacques Jacquemin, curé de Fossieux. :

(2) Jean-Gérard André, dit Père André de Remiremont, gardien du couvent des Capucins de Lunéville avant la Révolution, curé de Wisches, aujourd'hui canton de Schirmeck, arrondissement de Molsheim (Bas-Rhin).

(3) Jean-Louis-Nicolas de Thumery, ancien chanoine de Saint-Dit et Nicolas-Antoine Mathieu, ancien curé de Chamagne, tous deux provicaires généraux pour le département des Vosges.

dans laquelle il se montre comme un homme très partial et encroûté des préjugés des réfractaires. En conséquences, je me propose de lui écrire demain en l’invitant à désavouer cette lettre, sinon je le dénoncerai au ministre de la police générale (1). Ce ministre a toujours été l’ami du clergé constitutionnel. I] vient d'écrire à tous les préfets une lettre cir. culaire dans laquelle il tance avec fermeté et à l'avance les évêques qui s’aviseraient d'établir des préférences ou des exclusions, qui voudraient exiger des ecclésiastiques autre [chose] que la soumission pure et simple au Concordat, qui s’aviseraient de vouloir parler de rétractation. Ainsi, si un M. | osmond ou tout autre avait l’insolence de vous parler de rétractation, votre réponse est simple. La conscience s’y oppose. C’est, comme je l’avais marqué à Dosmond, un attentat contre la conscience et un acte d’hostilité contre le gouvernement. Alors annoncez-lui que vous allez dénoncer ce fait au ministre de la police générale et dites que c’est moi qui vous ai donné ce conseil. En même temps vous me préviendrez à cet égard afin que j’en parle au ministre. Ainsi aucune promesse, aucune signature sur quoi que ce soit où il pourrait être question de la constitution civile du clergé, ce serait un piège des réfractaires, mais seulement ce qu’exige le gouvernement. c'est-à-dire une soumission pure et simple au Concordat. Les réfractaires sont enragés parce qu’ils voient leur cause perdue, car le Concordat exige un serment plus fort que celui que nous avons prêté. Il consacre et avec raison nos principes sur la vente des biens nationaux, sur le mariage, sur les libertés gallicanes, etc. Partout où les dissidents le peuvent. ils se vengent sur les personnes, parce que leur amour-proprè est humilié d’avoir perdu leur cause sur les principes. Partout où il y a des évêques constitutionnels, les choses iront à merveille, comme à Strasbourg, à Besançon surtout où les réfractaires avec un évêque dissident à leur tête sont venus respectueusement avec les braves constitutionnels au devant de M. Le Coz, et qui est chéri, tandis qu’à Rouen l'archevêque Cambacérès, frère du consul, s’est montré fort mal et y est détesté. Les constitutionnels lui ont tenu tête, l’archevêque à été :orcé de plier (2). Faites de même si on vous tracasse et

(1) C'était Fouché.

(2) Le nouvel évêque concordataire de Strasbourg était Jean-Pierre Sauv ine, ancien évêque constitutionnel des Landes, puis des Basses- Pyrénées. Cf. Pisant, Répertoire biographique de l'épiscopat consututionnel. Paris, 1907, p. 430-441. Claude Le Coz, ancien évêque

publiez ma lettre sur les toits. Vous avez vu dans les Annales (1) un morceau de ma façon sur cet objet. J’écrirai au préfet de la Meurthe (2} en votre faveur, sans oublier vos voisins. Je l’aurais fait quand même vous ne me l’auriez pas dit. Ainsi, mon cher curé, si vous éprouviez quelque désagréet à Emberménil, ce ne serait pas ma faute.

Je verrai demain le ministre de la justice et je lui parlerai en faveur du citoyen Thomas (3). Dites- le à Mite Marchal (4) que je salue de tout mon cœur ainsi que vos voisins. J’espère aller à Emberménil en automne. Mad. Dubois (5) ira à Épinal et à Nancy voir ses amis. Son mari et moi nous reviendrons avec elle, car elle nous précédera, mais auparavant, je pourrai bien faire un long vovage, même en pays étranger (6). Cependant cela n’est pas sûr. Je vous embrasse amicalement.

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