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RELATIVES A CES MÉMOIRES

Idée des principaux statuts et règlemens , diaprés lesquels on pourra rédiger lajonne cons^enable à F école royale dramatique, établissement aussi utile que désiré.

Article premier.

Sa majesté sera très respectueusement suppliée d'affecter un fonds de 20,000 livres annuelles sur la caisse de ses menus-plaisirs, pour subvenir :

Premièrement , à la pension alimentaire de quatorze élèves , tant hommes que femmes ;

Secondement, aux appointemens de trois professeurs qui leur donneront leçon, chacun une fois la semaine, et ce, dans les différens genres de la tragédie et de la comédie ;

Troisièmement, aux frais nécessaires à consacrer pour Torchestre , luminaire , etc.

Art. II.

On demande pareillement à sa majesté la

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permission de faire élever un petit théâtre dans la grand' salle du palais du Luxembourg^ et que ce soit le lieu destiné à tous les exercices des élèves.

Art. III.

Qu'il soit permis que, dans le nombre infini déjeunes personnes des deux sexes ^ qui se destinent au théâtre , on fasse le choix de huit hommes et de six femmes , tous bien organisés, d'une figure honnête , de mœurs douces, d'une taille avantageuse, et que ce choix soit réglé, de l'aveu même de leurs parens.

Art. IV.

Que l'on puisse obtenir, comme une grâce spéciale de sa majesté , que les habits de tout genre, qui sont au magasin de ses menusplaisirs, et qui ne sont plus de la première fraîcheur , soient à l'usage des jeunes gens de l'école, de l'un et l'autre sexe, lorsqu'il s'agira de les faire jouer tous ensemble devant MM. les premiers gentilshommes de la chambre, et autres amateurs qui seront choisis pafr eux, à l'effet de juger des progrès de l'école , et de statuer sur ceux qui peuvent être gardés ou congédiés à la fin de Tannée.

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Art. V.

Qu'il soit statué , par la forme de rétablissement^ qui sera donnée par sa majesté à cette nouvelle école, que les jeunes gens de l'un et l'autre sexe n'y seront pas admis au-dessous de l'âge de seize ans , pour les hommes , et de quatorze pour les femmes ;

Que le noviciat sera de trois ans , sans autre délai; qu'au bout de trois années expirées , on fera sortir de l'école deux sujets, dont un homme et une femme qui jouiront pendant leur vie d'une pension de 200 francs, affectés sur la caisse des 20,000 livres accordées par sa majesté, avec le brevet de pensionnaire du wi et à^élè'e de T école royale dramatique.

Que lesdits jeunes gens, remplacés à l'école par deux autres sujets choisis selon les formes désignées ci-dessus, pourront alors contracter des engagemens dans les provinces du royaume , si toutefois leurs services ne peuvent être utiles , pour le moment, à la troupe du roi ; auquel cas ils y feront leurs débuts dans la forme ordinaire, pour y être ensuite admis à l'essai, puis reçus définitivement, si le public les agrée.

Art. VI.

Qu'il soit spécifié que ces mêmes élèves seront astreints à se conformer en tout au règlement de police intérieure qui sera donné par MM. les premiers gentilshommes de la chambre, pour régler les heures d'étude, maintenir la subordination, prescrire l'honnêteté , la douceur et la politesse , qui doivent régner parmi des jeunes gens qui se destinent à un art que l'on ne peut professer, avec une sorte de dignité , qu'en observant la décence la plus exacte dans sa conduite.

Art. VII.

Qu'il soit énoncé que ces mêmes élèves de la nouvelle école, et pensionnés par sa majesté , après leurs trois années de noviciat relèveront directement de MM. les premiers gentilshommes de la chambre , et ne pourront jamais s'engager que pour leur emploi uniquement , sans avoir égard aux offres que l'on pourrait leur faire pour chanter dans les opéracomiques.

Ce dernier genre étant le plus incompatible avec ce qu'on appelle la bonne comédie^ s'il arrivait que , par l'appât du gain , ils vinssent à manquer à la teneur de ladite convention y

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ils seraient alors privés de leur pension , leur nom rayé du registre des élèves , et leur brevet déchiré.

La même pxmîtion serait encourue par ceux qui s'engageraient dans des cours étrangères, sans en avoir obtenu l'agrément de MM. les premiers gentilshommes de la chambre.

Art. vin.

Qu'il soit dit encore très expressément que ces mêmes élèves auront toujours droit au théâtre du roi , préférablemeut à tous autres , dont les talens ne seraient pas plus éminens que les leurs , pourvu qu'ils prouvent à leur retour, et lorsque leurs emplois seront vacans, qu'ils ont fait les progrès que l'on avait lieu d'attendre d'eux, par un travail sans relâche, des études continues et conséquentes aux principes qui leur auront été donnés : principes qui ne pourront que fortifier leur génie, et donner carrière à leur imagination.

Art. IX.

Qu'il soit énoncé, d'une manière non moins précise, que les élèves de l'un et l'autre sexe, quoique doués de tous les talens imaginables, ne pourront prétendre aux emplois qui leur seront destinés au théâtre du roi , qu'autant

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que leurs mœurs et leur conduite seraient irréprochables ; qu'ils n'auraient été jamais assignés en justice pour cause à eux personnelle y ni mandés devers les commandans pour le roi, pour cause de dettes, de scandale , de libertinage , etc. ; voulant sa majesté que ceux qui font l'éloge des bonnes mœurs sur la scène française , soient les premiers à en donner l'exemple.

.Art. X et dernier.

Qu'il soit réglé, sous le bon plaisir du roi, que les pensions des trois principaux professeurs de la nouvelle école , telles qu'elles seront réglées par sa majesté, leur seront affectées leur vie durant, et que ceux qui seront nommés pour les remplacer, soit dans le cas de retraite , soit après leur décès , leur succèdent aux mêmes conditions et appointemens ; c'est-à-dire , qu'au décès de chacun desdits professeurs, le survivaocîer héritera de sa place et de ses émolumens , et que , dans le simple cas de retraite, il sera fait un fond de 1,200 livres pour chacun des survivanciers qui sera dénommé.

SigTiésj Lekain, Bellecourt, Préville.

Nota. La formation d'une bibliothèque se-

rait encore un objet essentiel : moins nombreuse que bien choisie^ on la monterait, je crois, à peu de frais, et son utilité deviendrait journalière. Quelques économies augmenteraient annuellement cette collection , qui pourrait un jour devenir précieuse, surtout par des traductions fidèles et savantes, des productions dramatiques étrangères, qui jouiraient de quelque célébrité ; mais cet établissement exige un travail particulier.

DISCOURS

Prononcé à la clôture du Théâtre Français ^ le 5 avril 1778, par M. Mole, (i)

Messieurs, l'usage de vous adresser un discours à la clôture du théâtre , fut sans doute établi par le sentiment de la plus respectueuse reconnaissance. Il n'est aucune de nos représentations où, après un travail dif&cile et réfléchi, si nous avons atteint l'unique but de nos études, le bonheur de vous plaire , nous n'en recevions la plus douce récompense . Celui

(i) Voltaire assistait au spectacle : Ton jouait Irène.

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sieurs , vous vous faites de Roscius et de Baron. Dans tous les genres, autres que celui du théâtre, les découvertes heureuses du génie sont autant de pas vers la plus grande perfection de l'art qu'il enrichit ; et la toile, le marbre, ou tel autre dépositaire de ses productions, lui répond du moins, pour l'avenir, de l'espèce de gloire que le public appréciateur dispense toujours, avec justice et proportion , aux hommes nés pour s'attirer quelques distinctions parmi leurs semblables. Ici, messieurs, tout n'est qu'un éclair : les préparations sont longues ; et si les premières masses d'un rôle ont été bien posées, si l'acteur, chargé de lui donner la vie théâtrale , a bien saisi l'esprit créateur qui l'a placé dans son ensemble, si sa disposition est heureuse, le succès est rapide , mais n'assure point pour le lendemain les beautés de la veille. L'heure nous commande, et tout autre artiste la choisit : les instans de sa faiblesse sont cachés dans l'ombre du mystère , et le public n'est , dans aucun art comme dans celui du théâtre , le confident des obstacles momentanés qui nuisent au sublime auquel on doit aspirer. Cet éclair de succès, qui jeta sur nous un jour favorable, disparait à chaque représentation.

et ce n'est qu'en renouvelant nos efforts, pour en rétablir la lumière , que nous pouvons perpétuer vos suflFrages. Que ceux qui se seront voués à ce talent ingrat et hasardeux, se hâtent de les mériter! qu'ils en jouissent, et profitent des momens! Lekain joue Vendôme; Lekain meurt : tout s'anéantit avec lui, et ses longs travaux , ses talens , sont autant ravis à vos plaisirs et perdus pour sa mémoire , que dérobés à l'instruction des jeunes élèves, assez malheureux pour se laisser éblouir par l'éclat d'un art, dégradé chez cette nation seule, où le théâtre est tout à la fois l'école du génie, du goût, de l'honneur et de la vertu : qu'ils soient au moins justifiés par le succès , et connaissons à quels titres cet acteur inimitable , dont long-temps on répétera le nom, a mérité sa célébrité. Je ne compterai point au nombre de ses qualités acquises, cette heureuse proportion dans tous ses mouvemens qui , au sein même du désordre des passions les plus effrénées, offrait en lui l'extérieur le plus imposant et l'ensemble le plus correct à l'œil du connaisseur délicat , qui, non content de la force de l'expression, exige encore la richesse et la régularité des formes. Qu'ils sachent par quels moyens, les plus difficiles,

Lekain est devenu sublime daus Fart pénible d'exprimer les passions tragiques : c'est par l'accomplissement de ce devoir indispensable ^ qui seul atteste le vrai talent , de ce devoir que vous prescrivez sans cesse ^ messieurs^ auquel seul vous accordez un vrai mérite , et qu'il possédait au suprême degré, la peinture des caractères y si essentielle d'ailleurs au succès théâtral de l'auteur qui les a tracés. Il vous est encore présent, messieurs : avec quelle fidélité il peignait l'amour sauvage du Tartare Gengis-kan , étonné de sa propre faiblesse ! partout son expression se ressentait de cette àpreté caractéristique répandue sur tout ce personnage. Combien de fois vous avez vu Lekain opposant, d'une représentation a l'autre, au ton prophétique et fastueux de l'imposteur Mahomet, la franchise noble et passionnée de l'impétueux Vendôme; et les emportemens de la jalousie terrible d'Orosmane , au ton sévère et profondément pénétré de Manlius, trahi par Tamitié ! C'est ainsi , messieurs, et par bien d'autres exemples, que Lekain a mérité ce qui seul reste d'un talent théâtral : un nom et des regrets. C'est cette application suivie à distinguer chaque rôle par son caractère , à en conserver la magie ,

depuis le premier mot jusqu'au dernier , quelle qu'en devienne la situation; c'est le soin attentif de tout soumettre à ce premier devoir, et de donner aux différens personnages leur véritable physionomie , qui lui a mérité la gloire de devenir supérieur à lui-même , et de vous le paraître. Heureux qui, comme lui, aura reçu de la nature, avec une âjme ardente, cette mâle organisation , cette harmonie intime entre la profondeur de sa sensibilité et son énergie physique, qui, par un accord aussi avantageux que rare, l'ont fait nommer, à juste titre, V acteur tragique de nos jours!

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