‹ Mémoires de LekainChapitre 16 sur 114 · PARTICULARITES · texte numérisé non relu

PARTICULARITES

Sur la remise et la nouvelle édition ^/^ Adélaïde du Guesclin^ tragédie de M. de Foliaire.

Paris, janvier 1766.

Il y a trois ans , qu'en visitant le portefeuille de M. le comte d'Argental (2) ^ pour y

(1) Il faut avouer que, dans ce récit , Lekaiu 11e traite pas Marmontel avec les égards qu'il lui devait même alors. Si Marmontel* n'occupait pas encore , dans la littérature , le rang 011 l'ont élevé d'excellens ouvrages , au moins annonçait^l un écrivain ; et l'auteur à^ jâristomkne n'était pas , après tout , un homme à mépriser. ( Note des éditeurs. ) . (2) Le comte d'Argental , dont l'attachement pouv

recueillir quelques fragmens des productions de M. de Voltaire ^ qui manquaient à ma collection^ je tombai sur la copie d'un manuscrit original S Adélaïde du GuescUrij et sur un autre intitule : Le Duc d^Àlençon.

Ce dernier n'était autre que le sujet diÀdé-laîdey transporté dans un autre temps ^ et mis sous d'autres noms.

A l'aspect seul de ces deux ouvrages, qu'il me fut permis de parcourir avec assez d'attention, j'imaginai qu'il me serait possible d'extraire ce qu'il y avait de mieux fait dans les trois premiers actes de ces deux pièces , et de les lier aux deux derniers du Duc de Foix ^ les seuls vraiment beaux dans cette tragédie , que nous avions jouée, pour la première fois, en 1751.

Voltaire datait du collège , jouissait de toute la confiance littéraire de ce grand homme , et la partageait avec madame d'Argental , née Dubouchet , femme d'un esprit peu commun. Vol taire , dans toute sa correspondance , ne cesse de les appeler mes anges-

M. d'Argental , idolâtre du talent de Lekain , aimait d'autant plus sa personne , qu'il voyait en lui l'acteur de Voltaire ; car le soin de la gloire de Voltaire était la passion la plus vive de M. d'Argental ; ses sentimens pour lui tenaient du culte.

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Ce projet y déjà presque arrangé dans ma téte^ me fît demander ces deux pièces originales à M. d'Argental; et^ de son aveu, je les emportai sans lui rien confier de ce que j'avais imaginé. Je me mis en effet à la be* sogne , et au bout de trois mois je trouvai le moyen, à l'aide de quelques vers de liaison y de rétablir dans tous ses droits l'ancienne Adélaïde, en y insérant toutes les beautés de détail que j'avais pu recueillir dans les deux tragédies du Duc d'Alençon et du Duc de Foix.

M. d'Arget, gardien des archives de TEcole militaire 9 le seul à qui je montrai mon premier manuscrit, après m'avorr félicité sur Tordre et le goût qui régnaient dans cet ouvrage, me confia, par reconnaissance, une autre Adélaïde ^ que M. de Voltaire, pendant son séjour à Berlin , avait mise en ti*ois actes y sous le nom dès Fœres ennemis^ pour la faire jouer par la cour du prince Henri de Prusse.

Je n'ai pu tirer que bien peu de chose de ce poème énervé, et dont l'intérêt était entièrement affaibli par la contrainte où s'était vu. l'auteur de supprimer le rôle de femme.

Ce qu'il m'a été possible d'en extraire, s'est

borne à dix-huit beaux vers qui se trouvent au second acte^ dans la scène de Couci et de Vendôme , et dans la seule édition de 1 765 ; car M. de Voltaire les a supprimés depuis ,. dans celle de Genève, w-8% lyôS*

Il n'était pas seulement question d'avoir enté 9 sur un arbre précieux ^ des fruits d'une autre espèce ; il fallait encore faire agréer le tout à M. de Voltaire, avoir son aveu pour remettre au théâtre cette pièce qu'il croyait être celle que le public avait sifilée en 1784; et c'est ce qu'il ne voulut jamais entendre. Lui faire part du nouveau manuscrit , c'était tout gâter; il aurait été furieux de voir qu'un nain en littérature eut osé compiler l'un de ses chefe-d'œuvre*

Rien n'était plus embarrassant : je ne pouvais le presser que par des voies détournées ; mais il répétait toujours, d'une manière positive : (( Que son jidélaide avait été proscrite (c par le public assemblé; qu'il avait fait dece puis le Duc de Foix , que l'on avait ac*- (c cueilli un peu plus favorablement ; que « d'ailleurs il n'était pas dans l'habitude de (c mettre deux affiches à sa porte. »

Quoique sa répugnance me parut en quelque sorte fondée, cependant il n'était pas

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sans exemple qu'un poème ^ avili et décrie dans sa nouveauté , n'eût été porté aux nues dans un moment plus calme et plus favorable.

Cest ce que je m'efforçai , mais en vain , de lui représenter, en lui citant l'exemple de Phèdre et du Misanthrope; mais rien ne pouvait vaincre sa timidité ou sa prévention : il tenait à ses préjugés; moi, je tenais aux miens.

Je pris donc le parti de le servir malgré lui, et j'eus la hardiesse de faire jouer la pièce au mois de septembre lyôS^ après m'étre muni, toutefois, du consentement de ses plus intimes amis.

Elle fut applaudie avec une fureur sans égale , et le public ne put jamais se persuader que ce même ouvrage était celui qui avait été sifilé, dès trois heures, le jour de sa première représentation. Il n'était pas, à la vérité, tout-à-fait le même, mais il le croyait, et le bruit de son succès étant parvenu jusqu'à M. de Voltaire, il m'écrivrit de lui envoyer le manuscrit de la Comédie pour y mettre la dernière main.

J'ai toujours, depuis, rendu grâces au hasard, de l'idée heureuse qui m'était venue de

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tirer de son obscurité un poëme dont le style est si noble 9 si pur, les caractères si bien £dts, l'intérêt si touchant, et le dénouement si pathétique.

n s'en faut de beaucoup que le Duc de Foix y que nous ne jouons plus, puisse être jamais comparé à cette pièce originale , que M. de Voltaire avait perdue de vue depuis plus de quatorze ans, et qui heureusement lui avait été volée avant son départ de Berlin.

Voici les vers extraits des Fmres ennemis :

GOUGI.

Le Bourguignon , l'Anglais , dans leur triste alliance , Ont creasé, par nos mains, les tombeaux de la France. Votre sort est douteux ; vos jours sont prodigués Pour ces maîtres nouveaux qui nous ont snbjugés; Songez qu'il a fallu trois cents ans de constance Pour sapper par degrés cette vaste puissance. Le dauphin vous offrait une honorable paix.

VEHDÔME.

Avec ses favoris je ne l'aurai jamais.-

Ami, je hais l'Anglais; mais je hais davantage

Ces lâches conseillers , dont la faveur m'outrage ;

Ce fils de Charles vi, cette odieuse cour.

Ces maîtres insolens m'ont aigri sans retour :

De leurs sanglans affronts mon âme est trop frappée.

Contre Charle, en un mot, quand j'ai tiré l'épée.

Ce n'est pas, cher Couci, pour la mettre à ses pieds;

Pour baisser dans sa cour nos fronts humiliés;

Pour servir lâchement un ministre arbitraire.

GOVGI. '

Non y mais il faut la paix ; la paix est nécessaire. Tous les chefs de l'état, etc.

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