‹ Mémoires de LekainChapitre 17 sur 114 · LETTRE A M. CORNEILLE · texte numérisé non relu

LETTRE A M. CORNEILLE

En réponse à celle quil avait écrite à ï Assemblée, pour en obtenir le bénéfice dune représentation .

Le 5 mars 1760.

MoNSIEUK^

Apres la lecture faite de la lettre que vous avez écrite à notre assemblée, nous n'avons pas hésité un moment à vous accorder la représentation que vous demandez.

Nous sommes inconsolables, monsieur, d'avoir ignoré jusqu'à cette heure qu'il existât un petit neveu du célèbre Corneille , et je dois vous dire combien cette nouvelle a flatté notre sensibilité ; elle s'est exprimée par les acclamations les plus touchantes.

Vous dirai-je plus , monsieur? on vous prie de choisir votre place à notre spectacle , et de l'occuper le plus souvent qu'il sera possible.

Vous VOUS bornez^ par déférence ^ à demander votre représentation le jeudi de la semaine prochaine; permettez -nous de ne vous tenir aucun compte de votre désintéressement. Elle est inscrite sur nos répertoires^ et annoncée dans les nouvelles publiques pour lundi prochain : c'est un devoir que nous rendons avec respect aux mânes du grand Corneille ; un descendant de cet homme illustre est né pour exiger tout de notre reconnaissance.

Nous vous supplions 9 monsieur^ de la mettre à toute sorte d'épreuves; soyez sûr que vous ne Tépuiserez jamais : c'est le serment de toute la société^ au nom de laquelle j'ai l'honneur d'être, (i)

(i) Cette représentation valut 5,ooo fr. à M. Corneille ; le gouvernement vint à son secours après la comëdie.

Ce fut par cet acte de la reconnaissance des comédiens , que Voltaire apprit qu'une petite-niëce de Corneille languissait dans un état indigne de son nom. Appelée sur-le-champ même à Ferney , elle y reçut une éducation conforme au rang que sa naissance lui marquait en France , et Voltaire s'occupa de la marier honorablement. Il porta la délicatesse jusqu'à ne pas souffrir que la fortune de mademoiselle

Page 1