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OBSERVATIONS

Sur la tragédie de Nicomède.

En telles mains que puissent tomber un jour les réflexions grammaticales que je propose ici sur la tragédie de Nicomède^ j'espère que l'on n'y verra que le fruit d'une émulation louable, et surtout le désir de me perfectionner dans l'étude de ma langue.

Rien n'en rappelle tant les principes que la nécessité d'en disserter, et ce devrait être l'occupation la plus sérieuse de tous ceux que la nature a fait naître pour le barreau, la •chaire ou le théâtre. Si, depuis quarante ans, les pères conscrits du sénat de Melmopène et de Thalie avaient employé leurs momens de loisir aussi utilement, nos jeunes gens des

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deux sexes seraient peut-être mieux instruits des principes de leur art, des règles fixes de la grammaire, et de la connaissance intime du théâtre.

Il eut résulte un très grand bien de cette espèce de travail, qui serait devenu d'autant plus utile, qu'il eut perpétué les connaissances de chacun, et entretenu, dans le petit nombre des commentateurs , une émulation estimable , qui serait toujours tournée à l'avantage du public et des comédiens; car ce n'est qu'en s' éclairant mutuellement que l'on arrive à la perfection de son art , au développement des connaissances qui y sont relatives : telles que les mœurs et l'histoire des différens peuples qu'il faut montrer dans la plus grande vérité ; telles sont encore les notions certaines sur les vêtemens de chaque nation, l'art de les rendre agréables au théâtre, sans leur rien ôter du caractère national ; les différens genres d'architecture , etc. Qui sait même si dans cette espèce de concours académique, on ne serait pas parvenu à retrouver enfin ce que nous appelons Y ancienne tradition; c'est-à-dire la vraie diction, le sens littéral de chaque rôle, les difiérens jeux de théâtre , et tout ce qui en est dépendant !

A défaut de cette ancienne tradition ^ dont il ne reste presque plus rien , on aurait cherché à y suppléer par des moyens fondés sur la raison , et non par ces pantomimes extravagantes y qui excitent l'admiration des sots y et la pitié des gens de goût.

On aurait pu faire un travail également utile sur la possibilité de varier les grands caractères tragiques et comiques. Beaucoup de jeunes comédiens y à qui tous les moyens sont bons pour se faire une réputation d'homme célèbre y en substituant leur genre à celui des auteurs , ne sont plus les personnages qu'ils représentent^ et ils défigurent ainsi les chefs-d'œuvre de nos grands maîtres.

Ces derniers n'existent plus : leur secret est avec eux sous la tombe ^ et ce n'est qu'à force de recherches^ de dissertations et de réflexions que l'on pourrait approcher de ce qu'ils ont entendu et transmis aux seuls comédiens de leur temps.

Ceux de nos jours se croient suffisamment éclairés 9 à l'aide de plusieurs ouvrages qui traitent de \Jrt du Comédien; mais ils se trompent : je maintiens qu'il n'en est aucun ^ sur cette matière^ qui puisse les instruire complètement.

Les uns sont mis au jour par des dissertateurs, méthodiques à la vérité, maïs froids et prolixes ; et les autres , dénués de goût et de lumières, nous donnent leurs idées systématiques pour des principes invariables : aucun ne suit une marche simple et sentie; aucun n'a atteint le vrai but.

Le jeune comédien se perd dans ce chaos difficile à débrouiller ; il cherche la vérité , et il ne peut la rencontrer , parce que rien ne parle à son âme avec cette clarté qui met le sceau a tous les bons ouvrages didactiques.

Il faut être peintre pour faire un bon traité de peinture, et comédien érudit et sublime pour établir des règles sur Fart de la déclamation. Le grand Baron était peut-être le seul homme qui pouvait entreprendre un pareil ouvrage : né avec le génie de son art, rempli d'érudition et de goût, ayant passé sa vie avec les plus grands hommes du siècle de Louis XIV ; lui seul, dis -je, pouvait sentir son art profondément, s'en pénétrer, et développer, par des traits lumineux, une infinité d'idées que le jeune comédien ne fait qu'entrevoir, et qui n'éclosent que par le laps du temps.

Je désire que les observations suivantes

5o MEMOIRES

puissent être un jour de quelque utilité : c'est dans ce seul but que je les ai hasardées.

Observations générales sur la diction des rôles de Nicomède, tragédie de P. Corneille y et corrections proposées sur les dits rôles, (i)

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