‹ Mémoires de LekainChapitre 27 sur 114 · SCÈNE L · texte numérisé non relu

SCÈNE L

iri-coMÈDB, à Laodice, ■ Lorsqu'à cette nouvelle , enflammé de courroui^ « D*ayoîr perdu mon maître et de craindre pour vous, « J'ai laissé mon armée , etc. »

Enflammé de courroux. . . . de craindre pour vous. Cette tournure de phrase n'est assurément pas française : pour la rendre exacte, il faut, je crois, substituer le participe actif à Finfinitif , et dire :

Lorsqu'à cette nouyelle, enflammé de courroux D'avoir perdu mon maître , et craignant tout pour vous , J'ai laissé mon armée, etc.

LAODICB, à Nicomède.

«^a gloire et mon amour peuvent bien peu sur moi , «c S'il faut votre présence à soutenir ma foi. »

S'il faut votre présence à soutenir, est une

(i) Je ne me suis décidé à publier ces observations que d'après l'avis de plusieurs personnes , qui ont pensé qu'elles pourraient intéresser la classe nombreuse et édairéo des amateurs de l'art théâtral.

DE LERÂir:. 5l

Êiute de grammaire. Uà^ qui est le signe de la préposition, ne peut, dans cette acception, régir un verbe, comme dans cette phrase : c^est une chose à faire ^ à tenter ^ etc.

La correction que je propose, quoique plus conforme aux règles de la syntaxe, n'est peutêtre pas très harmonieuse :

Ma gloire et mon amour peuvent bien peu sur moi , Si j'ai besoin de tous pour soutenir ma foi.

I.AODICB, à NUomède , en parlant d'Jltale. « Sans lui rien inspirer qu'une crainte servile, « Qui tremble à yoir un aigle et respecte un édile. »

Une crainte qui tremble ^ est un vrai pléonasme, dont Corneille ne s'est pas aperçu, parce qu'il a été entraîné par l'image de son second vers qui en effet est sublime, et qui peint, d'une manière admirable, la servitude dans laquelle cet Attale a été élevé par les maîtres du monde.

Telle hardiesse qu'il y ait à proposer un changement pour lier et ne point énerver le second vers, dont l'idée est superbe, j'estime qu'il vaut mieux faire quelque chose de faible , que de laisser subsister une faute de français :

Sans rien inspirer pius à ce prince seri^ile , Qui tremble à yoir on aigle et respecte un édile.

HTCOMÀDE, à Laoêice, « Trois sceptres à son frône , attachés par mon brlsis , « Parleront au lieu d'elle , et ne se tairont pas ; « Que si notre fortune, à ma perte animée, « La prépare à la cour , aussi bien qu'à l'armée , « Dans ce péril égal , qui me suit en tous lieux, « M'enyierez-Yous l'honneur de mourir à y os yeux ? »

Fortune est ici pris, par Corneille, pour ^orty destin. L'on dit généralement : La fortune me poursuit^ elle m* est contraire; mais je ne crois pas cette manière admissible avec le pronom possessif notre.

Je n'aime pas plus cette expression : Thonneur de mourir à vos yeux. Je la trouve d'une galanterie trop conforme aux caractères des héros de la Calprenède; c'est-à-dire froide et peu tragîque.

Toute autre tournure , telle commune qu'elle puisse être, me semblerait préférable.

Ou bien si la fortune à ma perte animée , La prépare à la cour, aussi bien qu'à l'armée. Dans ce péril égal , qui me suit en tous lieux , Je mourrai sans regret, si je meurs à yos yeux.

LAODICE, à Nicomède, « Non , je ne yous dis plus désormais que je tremble, « Que si yous périssez, nous périrons ensemble. »

La réponse de Laodice n'est -elle pas un peu trop gigantesque?

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Nicomède lui demande si elle lui enmera Vhonneur de mourir à ses jreux. Elle répond que non, et qu'elle ne lui dit plus désormais qu^elle tremble. Ce n'est pas assurément avec ce beau sang-froid qu'une femme envisage la mort de son amanL Si c'est un héroïsme^ U est outré, et ne va point au CGem*. Ajouter que Corneille fait encore une faute de français; car, après désormais, il faut un futur : le présent est un solécisme. Désormais je ferai telle chose, je me comporterai dune autre manière.

Vous me faites frémir; mais, seigneur, je vous jure Que, si TOUS périssez, je tous suis sans murmure; Armons*noii8 de courage, etc>

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