I.AODIGB
« C'est un bienimal acquis, que j'aime mieux vous rendre.
▲ TTALB.
• Vous l'estimez trop peu pour le vouloir garder.
LAODICB.
« Je vous estime trop pour vouloir rien farder ; « Votre rang et le mien ne le sauraient permettre : « Pour garder votre cœur, je n'ai pas où le mettre. « La place est occupée , et je vous l'ai tant dit , « Prince , que ce discours vous dût être interdit. »
Si ce front est mal propre à m' acquérir le vôtre. Le nominatif du verbe semble dési-
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gner que le front de Laodice est mal propre à acquérir le front dAttale , et cependant elîe entend que son front est malpropre à acquérir le cœur de ce dernier. L'amphibologie est donc bien marquée.
Quand j'en aurai dessein, f en saurai prendre un autre. Je crois qu'en suivant l'exactitude des règles, il faudrait ajouter, après le verbe auxiliaire, l'article le : quand f en aurai le dessein, etc.
Conservez - le , de grâce, après t avoir su prendre. — Pour garder votre cœur^ je n'ai pas où le mettre. Toutes ces expressions, puériles et triviales , sont faites pour choquer les oreilles les moins délicates.
Je remarque encore que , dans toutes ces phrases , Attale parle toujours de son cœur, et Laodice de son front y ce qui forme un jeu de mots qui dégénère en galimatias .^
Comme il n'y a ni pensée , ni sentiment à regretter dans ces vers, je sais d'avis de les* couper, et de renouer de cette sorte le dialogue.
ATTALB.
Ne pourrai-je surprendre un regard fayorable , Un regard tel qu'il est quand il gagne les cœurs?
LAODICB.
Le mien n'est plus à moi ; cessez de tous promettra
Ce qu'un regard plus doux semblerait tous permettre ; La place est occupée , et je tous l*ai tant dit , Prince, que ce discours doit tous être interdit.
▲ TTALB, à Zaodice.
« Et que serait heureux qui pourrait aujourd'hui « Disputer cette place et l'emporter sur lui !
wicoMÀDB, à jéttale, « La place à l'emporter coûterait bien dbs têtes ; « Seigneur , ce conquérant garde bien ses conquêtes. »
La place coûterait bien des têtes à emporter ellcj etc. Cette construction de phrase, quoique intelligible y manque d'une sorte de précision qui y jette un peu d'obscurité.
ATTAI.B.
Et que serait heureux qui pourrait aujourd'hui Disputer cette place et l'emporter sur lui !
iriGOMJtDB.
Cet excès de Taleur coûterait bien des têtes ; Seigneur, ce conquérant garde bien ses conquêtes.
On évite ainsi la redite du terme place ^ qui multiplie le jeu de mots avec ce qui suit : conquérant, conquêtes. •♦
ATTALX.
« Madame, encore un coup, cet homme est-il à tous ?
« Et pour tous diTertir est-il si nécessaire
« Que TOUS ne lui puissiez ordonner de se taire ? »
Madame j et pour vous divertir. Expression comique, et qui parait désigner que Ni-
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comède passe pour le bouffon de Laodice : ce n'était pas l'intention de Corneille ; mais il est sûr qu'il en présente Tidée.
Madame , encore un coup , cet homme est-il à tous ? Serait- il à tel point dans votre confidence , Que TOUS ne lui puissiez ordonner le silence ?
Cette correction ne présente que la moitié de ce qu'il eût fallu faire nécessairement ; et j'avoue que je me suis en vain creusé la cervelle pour ennoblir la première question non moins ridicule d'Attale : Cet homme est-il à vous ?
Par une suite de ma sincérité naturelle , je confesse encore que, serait-il à tel points etc. n'est ni élégant^ ni poétique; mais divertir une reine est un peu plus scabreux , non erat hic locus.
LAODICE, à Attale, « Puisqu'il vous a déplu , vous traitant de Romain , « Je yeux bien vous traiter de fils de souverain. »
Vous traitant de Romain y me semble, au figuré, une expression heureuse et vraiment digne de Corneille ; mais , au propre , je ne crois pas qu'il soit permis de traiter quelqu'un dejils, etc.
Puisqu'il vous a déplu, vous traitant de Romain , Je veux bien vous traiter en fils de souverain.