‹ Mémoires de LekainChapitre 50 sur 114 · PRUSIAS · texte numérisé non relu

PRUSIAS

< Et du haut d'un balcon, pour. calmer la tempête, « Sur ses nouveaux sujets faisons voler sa tête. »

Quoique je trouve le mot de balcon assez déplace dans une tragédie y cependant il me parait fort difficile de le changer, parce qu il peint ici le seul lieu d'où le peuple peut voir le supplice de Nicomède, sans qu'il lui soit permis de Fempêcher.

ATTALS, à Prusias.

« Ah ! seigneur, c'est tout perdre et livrer k sa rage

{A la rage du peuple. ) « Tout ce qui , de plus près, touche votre courage; « Et j'ose dire ici que votre majesté « Aura peine elle-même à trouver sûreté. »

Lwrer à la rage du peuple tout ce qui touche le courage de Prusias de plus près. J'augure que cela veut dire : Ne pas faire vis-àrvis du peuple un trop bon marché de son courage ;

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s^ avilir et se dégrader devant lui , en livrant bassement à la mort un grand homme à qui Ton a ' été tout moyen de justification et de défense. Toutes ces subtilités d'esprit sout de véritables énigmes pour le public; il s'en rencontre fréquemment dans les ouvrages de Corneille.

Je crois que l'on peut hasarder cette critique , sans manquer au profond respect que son nom seul inspire aux nations éclairées.

Tose dire ici que votre majesté j etc.

(acte second. SCÈNE III.)

Ou laissez-moi parler^ sire, ou faites-moi taire. Ou ne voit dans aucun historien que le titre de majesté ait été donné aux rois de l'Asie. La propriété n'en était conférée qu'à des nations puissantes et belliqueuses. On disait , la grandeur et la majesté du peuple romain y et non la majesté de Brutus, de Camille, etc. Ce n'est que long-temps après la translation de l'empire à Byzance^ que l'on a donné aux empereurs le titre de majesté; il a passé ensuite aux empereurs d'Allemagne^ après la conquête de Constantinople par Mahomet ii.

Les rois de France l'ont reçu des pontifes

de Roùie dans les 9** et 1 3® siècles ; c'est François i^' qui Fa seul porté sans discontinuité , et qui l'a ainsi transmis à ses successeurs.

On voit par ces dates chronologiques , que Corneille a fait un anachronisme en s'en servant dans un siècle et dans un pays où il n'a jamais été usité.

Le titre de sire, en parlant aux monarques asiatiques , est encore plus absurde; ils étaient qualifiés de seigneurs.

Il est bien étonnant que Corneille^ qui avait une érudition si profonde, qui connaissait si bien les mœurs et les usages des peuples qu'il a transportés sur la scène, y ait manqué si formellement dans cette circonstance.

▲ TTàLE.

Ah! craignez tout.... da peuple et de sa rage; ConserTez-Yous plutôt ce précieux otage , Sans lequel soyez sur que votre majesté Aura peine elle-ménie à trouver sûreté.

PBUSIAS, à Arsinoé.

« Lui rendre Nicomède , avecque ma couronne. »

Âvecque est très dur à prononcer, vu que, pour la mesure du vers, il est indispensable d'articuler les deux syllabes.

Sans affaiblir le sens, je crois que l'on y peut substituer , ainsi que.

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ARSivoA, à Prusias.

( En parlant du peuple. ) • Monfrez-ToiM à ce peuple; et, flattant son coarroux « Amasez-le da moins à débattre avec vous ; « Gagnez ainsi du temps , tandis qn*en assurance ■ La galère s'éloigne avec son espérance. »

Depuis ces deux deroiers vers jusqu'à ceux qui termineot la période d'Arsînoé ^ on peut remarquer que les conseils qu'elle donne à son mari sont la satire la plus cruelle de ce vieillard faible et languissant, dont la destinée est de perdre la tête , surtout dans un moment aussi critique ; elle lui prescrit une conduite qui n*a pas le sens commun; elle lui suggère de faire le surpris, le confus , si le peuple s^aperçoit de la supercherie quil a emplojrée pour le tromper.

Encore un coup, ces détails sont puériles et bas; il me semble que tout le projet de la Reine doit se borner à assurer réyasiou de son plus grand ennemi, et à croire que, quand il n'existera plus en Bithynie , le peuple de luimême rentrera dans son devoir, et que c'est là communément le parti que prend la populace en pareille occasion : elle se tait, quand le principe de sa haine , ou l'objet de son fanatisme n'existe plus; ainsi, en suivant cette

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marche , que l'on a vu et que Ton voit encore dans la nature, je serais d'avis de supprimer les quatorze vers suivans, et de lier ainsi le dialogue :

ARSIVOB.

Montrez-Tous à ce peuple; et, flattant son courroux, Permettez-lui, seigneur, tous débats avec tous; Gagnez ainsi du temps , tandis qu'en assurance La galère s'éloigne avec son espérance.

Instruit qae Nicomède est hors de tos états. Il abjure à vos pieds ses cruels attentats ; Cest ainsi que le peuple....

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