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aurait cru dégrader la sienne en lui donnant la peur de la mort. Une princesse sous l'empire de l'étiquette devait toujours soutenir sa dignité , même dans les momens où la nature reprend le plus ses droits. Ce grand génie dut encore en cette circonstance fléchir sous la puissance des idées reçues.
Il faut encore reporter à cette cause le peu de progrès qu'a fait le costume du temps de Lekain. Il avait sans doute regardé la fidélité du costume comme une chose foil importante; on le voit par les efforts qu'il fit pour le rendre moins ridicule qu'il ne Tétait alors : en effet, la vérité dans les habits comme dans les décorations augmente l'illusion théâtrale, transporte le spectateur au siècle et au pays où vivaient les personnages représentés. Cette fidélité fournit même à l'acteur les moyens de donner une physionomie particulière à chacun de ses rôles. Mais une raison bien plus grave encore me fait regarder comme véritablement coupables les acteurs qui
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négligent cette partie de leur art. I^e théâtre doit offrir à la jeunesse en quelque sorte un cours d'histoire vivante , et cette négligence ne la dénature-t-elle pas à ses yeux ? N'est-ce pas lui donner des notions tout-àfait fausses sur les habitudes des peuples et sur les personnages que la tragédie fait revivre ? Je me rappelle très bien que dans mes jeunes années, en lisant l'histoire, mon imagination ne se représentait jamais les princes et les héros que comme je les avais vus au théâtre. Je me figurais Bayard élégamment vêtu d'un habit couleur de chamois , sans barbe , poudré , frisé comme un petit-maître du dix-huitième siècle. Je voyais César serré dans un bel habit de satin blanc, la chevelure flottante et réunie sous des nœuds de rubans. Si parfois l'acteur rapprochait son costume du vêtement antique , il en faisait disparaître la simplicité sous une profusion de broderies ridicules ; et je croyais les tissus de velours et de soie aussi commiuis à Athènes et à
Rome qu'à Paris ou à Londres. Lekain ne
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parvint à faire disparaître qu'en partie le ridicule des vêtemens que Ton portait alors au théâtre , sans pouvoir établir ceux qu'on y devait porter. A cette époque, cette sorte de science était tout-à-fait ignorée , même des peintres. Les statues, les manuscrits anciens ornés de miniatures, les monumens existaient comme aujourd'hui , mais on ne les consultait pas. C'était le temps des Boucher et des Vanloo, qui se gardaient bien de suivre l'exemple de Raphaël et du Poussin dans l'agencement de leurs draperies. Ce n'est que lorsque notre célèbre David parut , qu'inspirés par lui , les peintres et les sculpteurs , et surtout les jeunes gens parmi eux , s'occupèrent de ces recherches. Lié avec la plupart d'entre eux , sentant toute l'utilité dont cette étude pouvait être au théâtre , j'y mis une ardeur peu commime. Je devins peintre à ma manière ; j'eus beaucoup d'obstacles et de préjugés à vaincre, moins de la part du public que de la part des acteurs ; mais enfin le succès couronna mes efforts , et sans craindre qae
ET SUR L ABT THEATRAL. XlX
Ton m'accuse de présomption, je puis dire que mon exemple a eu une grande influence sur tous les théâtres de TEurope. Lekain n'aurait pu surmonter tant de difficultés : le moment n'était pas venu. Auraitil hasardé les bras nus, la chaussure antique , les cheveux sans poudre , les longues draperies, les habits de laine? eût-il osé choquer à ce point les convenances du temps ? Cette mise sévère eût alors été regardée comme une toilette fort malpropre , et surtout fort peu décente. Lekain a donc fait tout ce qu'il pouvait faire , et le théâtre lui en doit de la reconnaissance- Il a fait le premier pas , et ce qu'il a osé nous a fait oser davantage.
Les acteurs doivent sans cesse se proposer la nature pour modèle ; elle doit être l'objet constant de leurs études. Lekain sentit cjue les brillantes couleurs de la poésie servaient seulement à donner plus de grandeur et de majesté aux beautés de la nature. Il n'ignorait pas que dans la société , les êtres profondément émus par de
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grandes passions , ceux que de grandes douleurs accablent , ou qu'agitent violemment de grands intérêts politiques , ont , il est vrai ^ un langage plus élevé , plus idéal , mais que ce langage est encore celui de la nature. C'est donc cette nature noble , animée , agrandie , mais simple à la fois , qui doit être Tobjet constant des études de l'acteur comme du poète , et Lekain avait pu trouver dans les ouvrages même des maîtres de la scène les exemples de cette grandeur sans enflure. En effet , dans leurs chefs-d'œuvre , les expressions les plus sublimes sont aussi les plus simples.
J'entends souvent dans le monde des personnes , très instruites d'ailleurs , dire que la tragédie n'est pas dans la nature : c'est luie idée qu'on répète san& réflexion , qui se propage et finit par être établie comme une vérité. Les gens du monde , occupés d'autres objets, n'ont pas fait une étude approfondie de tous les mouvemens des passions ; ils jugent légèrement, et d'ailleurs les auteurs médiocres et les acteurs