MÉMOIRE A MM. DU CONSEIL
Qui prouve que la multiplicité des entrées gratuites est un grand obstacle à la clarté nécessaire dans la perception de la recette .
Le lo mars 1768.
Dans telle régie que ce puisse être , si Tadmiaistration de la finance exige, de la part de ceux qui l'exercent, la probité la plus intègre, ^' Tordre établi dans ses différentes branches doit être soumis à des formes constantes et invariables.
« cessai re , à la force des pensées , et surtout à la belle <c et naturelle poésie , sans laquelle l'art dramatique « n'est rien , ce sera vous , monsieur, que la postérité « devra remercier. » (Voltaire , Epitre dédicatoire de l'Écossaise. )
M. de Lauraguais a dit à l'auteur de cette note que mademoiselle Clairon n'a cessé de lui parler avec reconnaissance de ce que lui devaient l'art et les artistes ; déclaration bien contraire au reproche que lui fait Lekain, d'avoir voulu s'opposer à cette heureuse innovation.
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En effet, on ne peut, dans un corps d'associés, répartir équitablement un chapitre général de dépense, qu'après avoir opéré sur des états de recette bien claire et bien nette.
C'est donc en vain que les comédiens projetteraient toute sorte d'économie dans leurs dépenses fixes et journalières, s'ils ne sont assurés d'abord que le recouvrement de leur recette sera fait avec la plus grande fidélité.
L'obstacle le plus fort qui s'y soit opposé depuis long -temps subsiste encore, et le voici :
La multiplicité des entrées gratuites embarrasse beaucoup les préposés à la recette ; elle justifie leur inconduite; elle motive leur négligence , et devient une source intarissable d'abus.
Il en résulte que Ton ne peut vérifier ni la date, ni l'authenticité des billets à la main, que l'on n'a pas le temps de distinguer là signature vraie ou fausse des acteurs qui les ont donnés, qu'il est impossible de nombrer les officiers des états-majors et ceux de la police , que l'on ne peut veiller sur les personnes qui entrent journellement au spectacle par la protection des sergens, et sur beaucoup d'autres individus qui, sans être connus, jouis-
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théâtre , et les comédiens vétérans qui l'ont illustré par leurs talens.
Les compagnies dont l'association les a honorés depuis, sont les académiciens français, les comédiens italiens, un très petit nombre d'artistes célèbres, et une partie de l'Académie royale de musique.
Le reste est émané de l'autorité supérieure et des abus perpétués ^^
Si l'on extrait maintenant ces sept articles , de la qualité de quatre cent dix-neuf personnes qui entrent gratis au spectacle, on verra que ce nombre est encore très supérieur à ce qu'il était en 17126, et qu'ainsi il est de toute impossibilité que les comédiens puissent assurer leur recette , en jouir pleinement, si , sur la masse des quatre mille personnes environ qui fréquentent habituellement la Comédie Française, il en est un dixième qui ravit une partie de leur salaire.
Cet acte de force et d'injustice est contraire aux volontés du roi , au bon ordre et à la régularité de la police. Il obère la fortune médiocre d'une société d'artistes, que les talens et le fanatisme de leur art réunissent encore plus que l'intérêt.
N'est-ce pas assez pour eux de gémir sous
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lé joug des préjugés populaires? Faut-il encore les dépouiller de ce qu'ils acquièrent si légitimement ?
Il est notoire que les comédiens ont combattu long-temps contre ces vexations^ mais toujours inutilement. Plusieurs d'entre eux ont fait, à ce sujet, beaucoup de projets; ils étaient soutenus par une autorité trop respectable pour ne pas imposer à tous, et cependant la crainte de rencontrer des obstacles, dans les classes mêmes les plus subalternes , a refroidi le zèle de chacun, et suspendu toute opération. On a toujours vu la source du mal , et l'on n'y a porté jusqu'ici que des remèdes lents et sans effets : ils le seront toujours, tant que les comédiens ne seront pas soutenus par la protection de leurs supérieurs , et par la justice du ministère public.
On ne peut se dissimuler que le plaisir de la comédie ne soit devenu le plus utile et le moins coûteux ; et néanmoins c'est celui que beaucoup de gens très riches cherchent à se procurer pour rien.
Cette contradiction est bien bizarre ; mais elle est fondée sur l'expérience : les uns affectent des droits incontestables ; les autres s'arment de la protection et de l'autorité ; mais
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tous ces êtres idéals seraient bientôt évanouis^ si nos seigneurs y auxquels sa majesté confie directement son autorité par l'article 38 de son arrêt du Cionseil du i8 juin 1757, daignaient se faire rendre compte des droits véritables de chacun y les peser dans la balance sans intérêt et sans partialité^ et rendre enfin aux comédiens une portion de fortune dont on ne peut priver^ sans injustice , aucuns citoyens, quand ils se comportent avec honneur, et qu'ils s'acquittent religieusement de ce qu'ils doivent à Dieu et à César.
C'est conséquemment à ces devoirs rendus^ que l'on doit pleine et entière justice aux comédiens du roi. Us la demandent à leurs supérieurs , avec l'instance la plus respectueuse , en promettant qu'ils sacrifieront eux-mêmes une partie de leurs droits, si leur exemple peut être de quelque autorité , et s'il peut engager à des sacrifices majeurs, sans lesquels il sera impossible de statuer rien d'utile et de permanent, (i)
(i) Délibéré par messieurs du Conseil , que M. de Saint -Florentin sera supplié de présenter requête au Conseil du roi , à TefFet d'en obtenir un règlement définitif et invariable. Mais la difficulté d'avoir, sur
Etat général de toutes les entrées gratuites à la Comédie Française ^ divisé en trois cha^ pitres; le premier ^w^a/i^ mention des en-trées ordonnées par la supériorité; le second désignant celles qui sont appuyées sur un droit incontestable; et le troisième, celles qui sont accordées par la Comédie; la suite est sans aucun titre reconnu.