‹ Mémoires de LekainChapitre 89 sur 114 · EXTRAIT D'UN MÉMOIRE · texte numérisé non relu

EXTRAIT D'UN MÉMOIRE

Tendant à régler dune manière insHuiable les emplois des acteurs et des actrices dans la distribution générale de tous les rôles tragiques et comiques.

A la suite de ce Mémoire^ Lelain, que le maréchal de Richelieu consultait souvent sur les intérêts de la Comédie, lui donne son opinion^ relativement à plusieurs sujets du théâtre, compris dans le tableau de distribution.

(i) Les détails de cette querelle ont peu d'intérêt aujourd'hui. Nous ne les donnons ici que pour ajouter à ridée qu'on a dà se former de Lekain , dont l'esprit était aussi juste que son cœur était droit.

DE LEKÀIH. 2SII

Le sieur Martin. Cet acteur n'est là que pour mémoire; il joue rarement^ et fait bien.

Le sieur Mole. Il n^est pas inutile de faire remarquer à M. le maréchal ^ que cet acteur, plein de feu , d'ambition , d'orgueil et d'adresse, peut bouleverser l'ordre général, si l'on souffre plus long- temps qu'il puise à son gré dans les premiers emplois, pour en dépouiller ceux qui les possèdent; qu'il s'érige en protecteur déclaré de petites créatures sans talent , et qu'il courtise des auteurs médiocres, pour leur arracher des productions où tous les rôles seront sacrifiés au sien.

Le sieur Brizard. L'emploi des pères nobles est peu considérable par lui-même : il se borne à dix-huit rôles ; mais il importe que Brizard les joue tous. Quand son âme donne de l'expression à sa belle figure , il est supérieur à tout ce que j'ai vu.

Le sieur Pin. Je combats à regret l'avis de M. le maréchal sur l'acteur qu'il appelle le petit Pin. A défaut de talent, il faut se contenter d'une médiocrité tolérable. Pin a très peu reçu de la nature ; mais il a de l'éducation, de l'esprit, une sorte de chaleur, de l'ensemble à la scène ; il parle correctement sa langue, étudie beaucoup, sait très bien ses

rôles. Je ne désespère pas de le voir un assez boa Géronte; j'en juge par Bonneval qui, dénué de naturel, a' forcé le public, après vingt ans, de s'accoutumer à ses grimaces de profil.

Pin n'est pas indigne d'une demi-part, à condition qu'il n'aspirera jamais au premier grade de son emploi.

Le sieur Belmont. Belmont est un honnête homme; il ne prétend qu'à la faveur d'être souffert : il a du naturel. Le public ne l'aime pas dans les confidens : il me chagrine aussi dans cet emploi.

Le sieur Préifille. Quelques gens regrettent Poisson dans les rôles que le sieur Préville remplit après lui ; c'est préférer la charge à la nature, et le bredouillage à la diction la plus nette.

Le sieur jauger. M. le maréchal rendrait service à la Comédie, s'il daignait faire dire à cet acteur qu'il faut savoir ses rôles pour les réciter; qu'un vers de douze syllabes n'en admet point quatorze, et ne veut pas en perdre quatre ou cinq; que le théâtre est l'école de la langue, et que c'est là qu'il convient d'en respecter les règles; qu'enfin en menaçant continuelleqpient la société de l'abandon-

ner^ on la réduit à souhaiter que la menace s'efiFectue.

Le sieur Feulie. Un naturel précieux, une gaité naïve dans les paysans, de la verve dans les grands valets.

Les demoiselles H us et d'Epinai. U est à l'option de M. le maréchal de faire le sacrifice de l'une ou de l'autre : leurs talens et leurs possibilités sont les mêmes; elles sont de la même taille, et jolies toutes les deux. Toutefois, par le plan qu'on s'est fait, il est de toute nécessité que l'une des deux devienne inutile, (i)

Mademoiselle Farder. Un joli caquet , un jeu plus agréable que vrai, mais plein de gentillesse.

Madame Drouin. On a vu passer cette actrice, du premier au second emploi. Ensuite elle a pris les soubrettes sans succès; enfin les années ont décidé son talent dans les rôles de caractère. Elle a du dévouement et du zèle; mais son humeur est peu commode : elle aime à brouiller.

(i) Elles restèrent toutes les deux. Mademoiselle d'Epinai, comédienne très ordinaire, épousa Mole. Le talent prodigieux de celui-ci rendait le public în-r dulgent pour la médiocrité de sa femme.

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