‹ Mémoires de LekainChapitre 95 sur 114 · OBÉI DE · texte numérisé non relu

OBÉI DE

Avez-Yous bien connu mes sentimens secrets ? Dans le fond de mon cœur avez-vons daigné lire ?

SOZAME.

Mes yeux l*ont yu pleurer sur le sang d'Indatire; Mais je pleure sur toi dans ce moment cruel : J'abhorre tes sermens.

Vous voyez cet autel , Ce glaive dont ma main doit frapper Âthamare ; Vous savez quels tourmens mon refus lui prépare. Après ce coup terrible , et qu'il me faut porter.

Monsieur Lekain est prié de porter ce changement sur la copie que M. Marin a dû lui remettre.

2g6 MÉMOIRES

Je suis persuadé que vous donnerez à l'actrice toute l'intelligence du rôle d'Obéîde. Nous nous flattons que le quatrième acte sera extrêmement théâtral. Je suis bien sûr que vous le ferez réussir, quand vous direz au bonhomme Hermodan, avec une pitié noble :

F'ieillard^ ton fils n'est plus!

Encore une fois , nous pouvons nous tromper, madame Denis, madame de Laharpe, madame Dupuis , M. de Laharpe, M. Dupuis, M. Cramer et moi ; mais répétez comme nous avons répété, et jugez d'après l'eflFet.

Je suis d'ailleurs dans la nécessité absolue de faire réimprimer la pièce incessamment, et j'attends de vos nouvelles avec la plus vive impatience. V.

N> B. Depuis ma lettre écrite, nous venons déjouer la pièce. Le cinquième acte a fait un plus grand effet encore que le quatrième. On a versé beaucoup de larmes, et il n'y a point de critique qui tienne contre des larmes. Si j'avais le malheur de croire une seule des critiques qu'on me fait, la pièce serait perdue; croyez-en mon expérience , et l'effet dont je viens d'être témoin. Souvenez-vous du quatrième acte de Tancrède qu'on voulait me faire changer.

rait à un bourreau qui va donner le coup de grâce; et si elle ne prend que dans ce moment la résolution de se tuer, cette inspiration subite ne fait pas, à beaucoup près, le même effet qu'un dessein pris dès la première scène, et qui rend son rôle théâtral peodant l'acte tout entier.

Nous alléguons beaucoup d'autres raisons que nous détaillons dans un Mémoire que nous envoyons a M. d'Argental. Nous craignons, a la vérité, de nous tromper en combattant l'avis des connaisseurs les plus éclairés ; mais nous ne pouvons juger que d'après notre sentiment. Nous avons vu l'effet, et M. d'Argental ne l'a pas vu. Nous ne craignons rien de ce qu'ils craignent , et un endroit qui ne leur a fait aucune peine nous en fait beaucoup : c'est ainsi que les opinions se partagent sur toutes les affaires de ce monde. Mais après avoir tout pesé , tout discuté , il fout prendre enfin un parti. Ce parti est celui de jouer la pièce telle que je vous l'ai envoyée par M. Marin. Je vous prie seulement de changer ce vers :

VcMis voyez, vous sentez quel meurtre se prépare.

Il faut mettre à la place :

Vous sayez quels tourmens un refus lui prépare.

^g8 MÉMOIRES

ATH AMARË.

Va, l'honneur de servir un maître généreux, Qui met un digne prix aux exploits belliqueux, Vaut mieux que de ramper dans une république Insensible an mérite , et même tyranniqne. Tu peux prétendre à tout , en marjïhant sous ma loi. J*ai parmi , etc.

Il faut encore, mon cher ami, que je vous dise que, si dans la scène entre Obéide et son père , au cinquième acte , il y d encore quelques longueurs, il faudra retrancher ces quatre vers d'Obéide :

Une invincible loi me tient sous son empire, etc.

Mais j'avoue que je les supprimerais à reg^'et.

Encore une fois, laissez dire les critiques de cabinet, et rapportez- vous en à l'effet que nous fait la pièce au théâtre : il n'y a point de meilleur juge.

% mars 1767.

Mon cher ami, vous êtes bien sûr que je m'intéresse plus à votre santé qu'à tous les Scythes du monde; ménagez-vous, je vous en prie. Il faut se bien porter pour être héros: tous ceux de l'antiquité avaient une santé de

fer. Il importe fort peu qu'on joue les Scythes devant ou après Pâques ; mais si vous en pouvez donner quatre ou cinq représentations avant la fin du Carême, je vous conseille de ne pas perdre ces quatre ou cinq bonnes chambrées, parce qu'il est presque impossible que, dans la quinzaine de Pâques , l'édition de Cramer ne devienne publique.

Je n'avais point eu dessein d'abord de faire jouer cette pièce, et la préface l'indique assez. Mais puisqu'on la joue à Genève, à Lausanne, chez moi , et qu'on la jouera à Lyon et à Bordeaux, il est bien juste que vous en donniez quelques représentations. Comptez que j'aurai soin de vos intérêts dans l'édition qu'on en fera à Paris, quoiqu'il soit difficile d'obtenir des libraires des conditions aussi favorables pour une pièce déjà imprimée que pour une qui serait toute neuve.

Je vous prie de vous amuser pendant votre convalescence, à faire coUationner sur les rôles tous les changemens que je vous ai envoyés. En voici un que je vous recommande : c'est à la première scène du cinquième acte. Il m'a paru , a la représentation , que c'était à Sozame à parler avant sa fille, et qu'Obéide devait être trop consternée pour répondre à la

proposition qu'on lui fait d'immoler Athamare. Voici ce petit changement :

Je n'en apprends que trop.

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