‹ Mémoires de Linguet et de Latude, suivis de documents divers sur la Bastille et de fragments concernant la captivité du baron de TrenckChapitre 6 sur 34 · NOTICE SUR LA VIE DE LIKGLET · texte numérisé non relu

NOTICE SUR LA VIE DE LIKGLET

En vain ses compagnons d'infortune essayèrent-ils de le tranquilliser sur son sort : de trop funestes pressentiments l'agilaicnt. Cependant une circonstance favorable pouvait le sauver. Au monu iit de son arrestation il fut atteint d'une maladie grave; on consentit à le placer dans une maison de santé. La Terreur allait épargner une victime : le malheureux Linguet écrivit pour demaniler des juges, c'était demander sa condamnation. Au tribunal révolutionnaire, l'ironie et l'outrage étouffèrent la voix d'un orateur dont on redoutait sans doute la véhémente éloquence. Ses papiers renfermaient, dit-on, la copie d'une lettre qu'il avait écrite à LouisXVI, pour s'associer à ses défenseurs. Il accepta la responsabilité de ce mouvement généreux, et fut conduit à la mort le 9 messidor an II, un mois précisément avant l'exécution de Robespierre. Au moment de monter sur la fatale charrette, ses yeux cherchèrent le ministre d'un culte qui donne à l'àme innocente !a force de supporter l'iniquité des hommes; ne pouvant obtenir les consolations d'un chrétien, il s'arma des conseils d'un sage, et, jusqu'au pied de l'échafaud, il médita les pensées de Sénèque sur le mépris de la mort (1).

Linguet laissait en mourant les manuscrits d'une histoire de France déjà fort avancée; il fondait sur cet ouvrage l'espoir de sa réputation. Par une fatalité alla lue» ;i ^<>n soit, ses manuscrits, enlevés de sa bibliothèque et transportés à l'École militaire, y servirent à faire des cartouches ! Ainsi la fortune parut se plaire à le persécuter, même après son trépas. Les traverses qu'il éprouva de bonne heure purent aigrir un esprit naturellement irritable ; il perdit, dans l'opiniâtreté de ses longs débats, un temps que l'élude et la réflexion pouvaient employer au profit de son talent. La plupart de ses ouvrages seront oubliés, mais plusieurs de ses plaidoyers resteront. Il serait superflu de rechercher si sa plume et son éloquence furent vénales : l'inconstance de ses opinions suffisait pour ôter toute espèce de dignité à son caractère; et l'on conçoit comment il obtint plus de célébrité que d'estime. Son dernier vœu, celui de défendre LouisXVI, était une noble inspiration. Linguet excita, par sa fin tragique, tous les sentiments que réveille une injuste infortune : sa vie, qui n'avait élé qu'un combat, lui fut arrachée par un crime. F. Barrière.

(1) Renseij:;ncmenls communiqués par sa famille.

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