‹ Mémoires de littérature ancienneChapitre 10 sur 153 · APERÇU GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

APERÇU GÉNÉRAL

saint Chrysostome oublieront bien quelques élégances de l’atticisme ; mais la barbarie même, s’il faut ici prononcer ce nom, aura cher eux son excuse dans la sublimité des doctrines qu’elle recouvre. Ces mots bizarres et malsonnants pour l’oreille de Libanius, c’est saint Paul qui les prononça pour la première fois à l’Aréopage ; ce sont les mots sacrés de l'ancienne et de la nouvelle alliance. Depuis longtemps les Juifs hellénistes ont forcé le grec à traduire la simplicité du style hébraïque; maintenant cette phrase biblique, relevée par la toute-puissance du génie oratoire, imprime à la langue un caractère ineffaçable. Malgré les attaques d’un étroit pédantisme, le Style ecclésiastique, appuyé sur une religion qui ne doit pas mourir, se perpétue à travers le moyen âge jusqu’au milieu des temps modernes, et il a rendu à la littérature un inappréciable service en maintenant la langue ancienne à une certaine hauteur au-dessus de l’invasion populaire. Tandis que chez les montagnards revivait dans des chants naïfs quelque chose des vieux dialectes, la tradition religieuse, propageant dans les livres la langue à peine altérée des Pères de l’Eglise orientale, en préparait pour le jour de l’indépendance la brillante régénération.

Nous sommes arrivés, messieurs, au terme fatal où la nationalité hellénique, depuis longtemps déchirée par les dominations romaine, slave et franque, succombe pour trois siècles sous le fer des musulmans ; et nous avons vu la langue sortir mutilée, mais vivante, de ces luttes cruelles. Tel fut aussi le sort de la pensée.

Réduite aux paraphrases, aux subtilités, aux compilations et aux discussions théologiques, la littérature des Eustathe et des Psellus nous parait bien petite sans doute ; mais au moment où nous croyons que ces faibles lueurs vont même s’éteindre, l’enthousiasme pour d’antiques chefs-d’œuvre, devenu une passion nationale, ressuscite presque les génies du beau siècle dans la personne des Pléthon, des Bessarion et

des Lascaris, vrais rhapsodes de l'inspiration renaissante, derniers anneaux de cette magnétique chaîne qui unit l’antiquité aux temps modernes par la transmission des grandes idées. Ce pieux apostolat des Hellènes émigrés commença longtemps avant la prise de Constantinople, il se continuera longtemps après, et sera perpétué par l’imprimerie, qui répandra sur tout l’Occident leur vivifiante parole. En vain les naufrages, en vain l’incendie, en vain la superstition auront détruit de nombreux chefs-d’œuvre; il en restera toujours assez pour faire l’éducation de l’Europe barbare : Homère, Platon, Aristote, Thucydide et les tragiques suffiront au génie grec pour fonder une philosophie nouvelle, une histoire nouvelle, un nouvel art dramatique. Hôte ou conquérant, partout vous retrouverez la trace de son passage. En Italie, en France, vous le verrez animer toute une littérature originale jusque dans l’imitation, comme le fut jadis celle de Virgile et d’Horace, pénétrer de ses plus suaves parfums les vers de Racine comme la prose de Fénelon, prêter quelques traits puissants au talent universel de Voltaire, et jusque sur cette limite du dix-neuvième siècle où viennent expirer tant de traditions et de souvenirs, revivre dans les harmonies homériques des Martyrs de Chateaubriand, précieux gage d’une féconde immortalité.

Dans cette vaste carrière que la langue et l’esprit grecs ont parcourue depuis Homère jusqu’à nos jours, le siècle d’Alexandre forme, messieurs, une époque vraiment unique par les grandes choses qu’il a vues commencer et finir: c’est la transition entre l’âge de l’invention qui produit et celui de la réflexion qui analyse, juge et calcule.

Là, en effet, messieurs, viennent aboutir, en Grèce, les derniers progrès de presque tous les arts de l’esprit. Le grand cycle de l’épopée ionienne se ferme par Arctiuus, Leschès, Panyasis et Antimaque, et tombe entre les mains des savants qui le rassemblent en une collection avec les poèmes d Ho-

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