‹ Mémoires de littérature ancienneChapitre 11 sur 153 · I. APEBÇI (iÉNÉHAl · texte numérisé non relu

I. APEBÇI (iÉNÉHAl

mère, et bientôt même l'abrégeroat en prose. Désormais l’épopée ne vivra plus que d’une vie tout artificielle; la famille inspirée des rhapsodes va s’éteignant de jour en jour et laissant pour héritiers des maîtres d’école et des copistes.

De son côté, l'histoire, d’abord simple reproduction en prose des tradilions épiques, bientôt élevée à la dignité d'une composition savante par Hérodote, doublement perfectionnée par la critique et l'art dans Thucydide, n'avait plus de progrès à accomplir. L’étude attentive des faits, le talent de les ordonner, l’impartialité dans les jugements, un style grave et nerveux, et, dans les harangues, plus d’éloquence et de travail peut-être que n’en admet notre raison moderne, jalouse, avant tout autre mérite, de la plus abslraite vérité, telles étaient les qualités classiques de l’historien ; telles étaient les lois du genre : à six siècles de distance on les retrouve, et dans la belle préface de la Guerre du Péloponhe et dans l'admirable petit livre de Lucien. Entre ces deux monuments, quelle innovation a-t-on pu mentionner, si ce n’est peut-être l’application d'une critique plus minutieuse à l’élude des sources, chez Polybe, la suppression des discours, chez Diodore de Sicile, véritables accidents qui n'ont pas altéré sérieusement la constitution définitive du genre historique dans l'antiquité 1 Une autre composition, fille également de l’épopée, le drame, atteint aussi en deux siècles à toute la perfection qui lui était réservée chez les anciens. Quelques scènes détachées de Thistoiro épique et encadrées dans des chants dionysiaques, donnent successivement naissance à la tragédie qui doit peindre le côté sérieux de nos passions et de nos infortunes, à la comédie qui en saisira les variétés plaisantes et instruira par le ridicule comme l’autre par la terreur, au drame satirique, sorte de concession que le poète a dû faire aux convenances des cérémonies religieuses où ses pièces sont représentées. Uno fois divisées, la comédie et la tragédie ont bientôt trouvé leur véritable caractère. L’une a renoncé

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au spectacle des personnages et des événements surnaturels, pour demander de plus légitimes effets au jeu des actions purement humaines ; et, plus sûre de sa force, elle a même osé rompre avec la tradition mythologique et historique. Agathon a fait réussir une pièce où tout est fictif, fable et personnages; mais il l'a soutenue sans doute par une vérité qui suffit au succès, quand elle est complète, la vérité des passions du cœur humain. A son exemple,' la comédie, désertant le terrain de la politique et des personnalités grossières, et comprenant de mieux en mieux son noble rôle, est arrivée, par le Plutus d'Aristophane, aux chefs-d'œuvre de Ménandre, modèle inappréciable et malheureusement perdu de cette comédie de mœurs qu’il était réservé à la France d’inventer une seconde fois. Enfin, chassé de la scène comique et tragique qu’il déshonorait par un impur mélange, le burlesque trouve sa place dans ces drames bâtards que l'antiquité n'a jamais su ni bien nommer ni bien définir, dans les comédo-tragédies , hilaro-tragédies ou tragédios gaies, dans les mimes et dans un genre plus original peut-être, les silles, inventés par Xénophane et illustrés par Timon.

La poésie lyrique avait marché comme le drame ; pour s'en convaincre, il suffit de rappeler les chœurs des grands tragiques avec les od&s do Pindare, et le jugement qu'en ont porté leurs contemporains et leurs successeurs.

Ainsi , messieurs, sur tous les points de son riche domaine (car je ne veux pas compter ici la poésie bucolique, éphémère produit d’une imitation dont le modèle n'est pas bien connu), l'imagination grecque était en possession des formes les plus belles et les plus pures. Il en était de même de la raison qui a le vrai pour but, la logique pour moyen, et pour langue, la prose.

Lorsque l’école ionienne fonda la philosophie et que les premiers systèmes savants germèrent sur ce sol tout inondé encore de poésie, la pensée philosophique n’adopta pas tou-

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